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Science

  • Troubles borderline

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    Qu'est-ce que le trouble borderline?

    Le trouble borderline est un dérangement du régulateur des émotions.

    Quelle est l'origine du nom trouble de borderline?

    Le terme "borderline" utilisé depuis 1938, caractérisait à l'origine un trouble se situant à la limite entre la neurose et la psychose. Cette signification n'a plus cours. Aujourd'hui les troubles d'ordre psychique sont classés sur la base d'échantillons fondés sur le vécu et le comportement. Dans ce contexte, le trouble de borderline est également appelé "trouble de la personnalité émotionnellement instable".

    Principaux symptômes


    Les personnes concernées sont souvent sujettes à des poussées de tensions intenses, extrêmement désagréables pour elles-mêmes en raison de leur incapacité des les ordonner clairement dans une catégorie de sentiment telle que peur ou colère. Elles éprouvent un besoin irrépressible de se libérer immédiatement de cette tension ce qui les conduit à des comportements destructeurs telle l'automutilation. "C'est comme un sentiment d'être mort. Voir couler le sang donne l'impression de vivre" ou "C'est comme juste avant d'exploser si bien que seule l'automutilation apporte un soulagement rapide".
    Manifestations cliniques
    Le trouble borderline se manifeste à plusieurs niveaux:

     

    • Niveau émotionnel
      Les émotions occupent un espace important dans la vie des personnes souffrant du trouble borderline. Elles ne peuvent souvent pas les exprimer mais éprouvent un sentiment de chaos. Typiquement les personnes souffrant du trouble borderline ne disent pas "j'ai peur de…"mais "je ne sais pas…". Elles sont extrêmement sensibles, ont une réactivité émotionnelle intense et leurs sentiments négatifs ne s'estompent que très lentement. Leur humeur est instable et incontrôlable. Cette instabilité émotionnelle a d'importantes répercussions, l'excitation émotionnelle intense perturbe généralement la manière d'agir et est considérée comme perte de contrôle. Cet état génère des angoisses qui augmentent la blessure émotionnelle et aboutit finalement au désespoir et la dépression. Les personnes concernées ont également tendance à avoir des crises de colère qui peuvent être l'expression de peur, de panique, de désespoir ou de dépression. Parallèlement, elles souffrent souvent d'un sentiment durable de vide et d'absence d'émotion.
    • Niveau comportemental
      En phase de tension élevée, près de 70% des patients atteints du trouble borderline s'automutilent (entailles aux bras ou jambes, taper la tête contre les murs ou autres automutilations). En général ils ne ressentent aucune douleur durant l'automutilation qui leur procure dans l'immédiat un sentiment de détente et de soulagement. Ce n'est qu'au bout d'un certain temps que la sensation de douleur apparaît. Certains patients y ont fréquemment recours car, comme dans la dépendance, l'automutilation procure un sentiment d'euphorie. L'automutilation est plus rarement le fait des personnes souffrant de dépression et de psychose. Les tentatives de suicide sont fréquentes dans la biographie des patients borderline, parfois en réponse aux sentiments de désespoir et de malaise ou comme appel au secours. L'abus de drogues, les dysfonctions alimentaires et les comportements à haut risque sont souvent utilisés par le patient pour réduire l'état de tension ou écarter les sentiments désagréables ou de vide. Les personnes souffrant du trouble borderline ont fréquemment des impulsions spontanées et inconséquentes. Elles ont de la peine à répondre aux actes qui ne sont pas immédiatement récompensées. Elles peuvent se comporter de manière très compétente dans certaines situations puis de manière totalement inapte en d'autres circonstances similaires, comme si ces compétences n'avaient jamais existé. On rencontre souvent une tendance à ne pas faire front aux problèmes mais à rester passif et désappointé ou en attente d'une solution provenant de l'extérieur.
    • Niveau psychique
      Chez une grande partie des personnes concernées on rencontre des dissociations de la personnalité. Il s'agit de troubles de perception de la réalité (non réalisation), ou de la personne elle-même (dépersonnalisation) ou du ressenti. La dissociation peut être comparée au réflexe de "faire le mort" en cas de menace ne pouvant être écartée, à court terme ce réflexe est perçu comme un soulagement avec diminution de la tension et régression des sentiments inconfortables. Avec le temps, les dissociations deviennent un automatisme sur lequel vient se greffer la crainte de perdre le contrôle de la réalité.
      Les patients ayant subi des traumatismes éprouvent fréquemment des flashbacks, au cours desquels ils revivent virtuellement des événements traumatisants dont ils ont été victime dans le passé (souvent lointain). Ce "vécu" peut ressurgir sous l'impulsion de divers déclencheurs: image ou film, voix ou bruits, odeurs, émotions corporelles et sentiments.
      Souvent des symptômes semblables à des psychoses, telles qu'hallucinations visuelles ou auditives, apparaissent mais, contrairement aux patients psychotiques, les patients borderline sont conscients que ces hallucinations n'ont rien de réel. Par contre le sentiment d'être envoûté, suivi ou victime d'une forte méfiance est fréquemment évoqué.
      Les personnes souffrant d'un trouble borderline présentent certains modes de pensée caractéristiques: absence d'estime de soi, sentiment de lâcheté, ou vision de l'entourage en "noir et blanc". Autre typicité, une tendance a osciller entre deux comportements opposés tels que: "je ne peux pas rester seul" et "je ne supporte pas la proximité" ou "si quelqu'un m'approche de trop près, il verra à quel point je suis mauvais". Bien sûr des personnes saines peuvent aussi avoir de telles pensées mais à un niveau beaucoup plus modéré.
    • Niveau de l'image de soi
      Les victimes du trouble borderline ont une perception fortement fluctuante d'elles mêmes. Elles ne savent pas qui elles sont réellement, d'où incertitude quant à leurs projets de vie, valeurs et préférences, ainsi que leur orientation sexuelle. Elles ont appris à dévaluer leurs propres sentiments et expériences. Elles observent les autres pour se faire une idée de la réalité. Elles exagèrent fortement leurs propres difficultés et leur incompétence.
    • Niveau relationnel
      Les personnes affectées du trouble borderline pensent être "différentes des autres" si bien qu'elles se sentent seules et isolées. Elles ont de la peine à gérer aussi bien la proximité que la distance. D'une part elles souhaitent être proches car elles se sentent seules, d'autre part, méfiantes elles prennent de la distance par peur de souffrances morales ou par honte ou encore parce qu'elles pensent être néfastes aux autres. Elles ont un net penchant pour les relations intenses mais leur instabilité conduit souvent à des crises émotionnelles où elles luttent désespérément pour ne pas être abandonnées ou délaissées. Elles ont tendance à entrer en confrontation et en conflit avec les autres, principalement lorsque leurs agissements impulsifs sont critiqués ou entravés.


    En raison de la présence simultanée d'un autre trouble plus apparent, tel que problème de toxicomanie, dysfonction alimentaire ou trouble anxieux, il est fréquent qu'une période relativement longue s'écoule jusqu'à la détection d'un trouble borderline.
    Origine (naissance du trouble)
    Le trouble borderline, typiquement accompagné d'un état de tension extrême et d'une réactivité marquée de l'humeur, provient d'une hyperactivité du système émotionnel et d'une perturbation du système de contrôle. L'association de prédispositions génétiques et de traumatismes biographiques en est le générateur.
    Le facteur génétique – donc héréditaire – est caractérisé par une sensibilité émotionnelle plus marquée, une impulsivité élevée, une inclinaison aux dissociations et, selon les nouvelles connaissances, une hyperactivité et des troubles de la concentration.
    Les facteurs biographiques sont principalement issus d'expériences traumatisantes et de négligence affective. Une grande partie des patients borderline ont subi un traumatisme d'ordre sexuel. Souvent la personne concernée a souffert, dans son enfance, de manque de soins, de violence, de rabaissement, d'humiliation et d'un net manque de valorisation. La plupart des patients ont vécu une "invalidation" dans leur enfance, c'est-à-dire que leurs réactions, sentiments et émotions ont été souvent ignorés, bafoués, critiqués, dévalorisés voire même cause de punitions.
    Quoiqu'il en soit, il s'agit d'un trouble du système émotionnel. Les patients borderline n'apprennent pas, comme les autres enfants, à définir leurs sentiments, à les nommer et les exprimer si bien qu'ils n'acquièrent pas la capacité de les maîtriser et de résoudre les difficultés provoquées par des pensées perturbatrices. Par conséquent ils se sentent insécurisés et en proie à des idées ou des sentiments contradictoires qui apparaissent simultanément, devenant nouvelle source de tension. Ils ont appris à douter de leurs propres expériences et à dévaloriser leurs propres sentiments et opinions. Au lieu de faire confiance à leur instinct, ils observent les autres afin d'adopter leur point de vue. De fait, ils n'ont pas l'occasion d'évaluer leur opinion personnelle face à la réalité et de tester de nouvelles formes de comportement. Finalement ils souffrent d'inaptitudes dans presque tous les domaines de la vie. Les personnes concernées doivent donc réapprendre à interpréter leurs sentiments et comment les gérer.

    Traitement Ambulatoire ou stationnaire?
    Le trouble borderline est une maladie psychique grave qui nécessite un traitement intensif. L'option thérapie ambulatoire ou stationnaire dépend de la gravité du problème et des pathologies associées. Un traitement stationnaire est principalement indiqué pour les personnes qui ont un comportement suicidaire ou un comportement rendant impossible le suivi d'une thérapie ambulatoire ou encore en présence de conditions qui font que l'accompagnement ambulatoire est voué à l'échec.


    La thérapie comportementale dialectique (TCD)


    Autrefois, le trouble borderline était considéré comme quasi-incurable. Entre-temps, les connaissances en matière de psychologie et de méthodes thérapeutiques se sont développées. Dans les années 1980, Marsha Linehan de Seattle (USA) a développé la thérapie comportementale dialectique (TCD) s'adressant spécialement aux patients atteints de trouble borderline. Cette méthode consiste en une thérapie comportementale cognitive complétée par une technique de méditation particulièrement prometteuse. La thérapie dialectique (résolution des contradictions) s'appuie sur les contradictions de fonctionnement de la personne pour effectuer, avec elle, un travail de reconstruction. Dans les années 1990, Martin Bohus a introduit la TCD et développé des concepts de traitement stationnaire dans les régions germaniques. A ce jour, la TCD est la seule forme de thérapie pour patients borderline qui, selon des études sérieuses, témoigne d'une bonne efficacité, c'est pourquoi le texte qui suit se réfère à la forme de traitement TCD.


    Entraînement des compétences et thérapie individuelle


    La TCD s'articule sur deux formes de thérapie, à savoir une thérapie individuelle intensive et une thérapie de groupe ayant pour objectif d'entraîner les compétences comportementales. Les thérapeutes travaillent en étroite collaboration, associant également le personnel infirmier lors de traitement stationnaire. Lors de traitement ambulatoire, des contacts téléphoniques avec le thérapeute doivent être proposés au patient pour l'aider à surmonter les crises aiguës.
    L'entraînement des compétences (skillstraining) se compose de 4 modules axés sur les symptômes du trouble:


    1. Prise de conscience: Le training vise à l'acquisition d'une certaine forme de prise de conscience. La teneur de l'événement est vécu "consciemment", "sur le champ" et "tel quel (sans évaluation)". Par cet entraînement le patient doit devenir plus conscient quant à sa manière d'agir au quotidien; il peut mieux s'autoréguler afin de trouver un équilibre entre sentiments et raison.


    2. Tolérance au stress: Le patient apprend et entraîne les compétences lui permettant de gérer et de surmonter plus rapidement et efficacement les crises, de contrôler les dissociations dont il est victime sans s'automutiler. En plus, il assimile les attitudes préventives lui permettant d'éviter à long terme les situations génératrices de stress et développe les compétences qui l'aident à accepter la réalité de la situation. Il s'agit non seulement d'encourager l'acceptation des faits et des situations immuables mais aussi de poser les bases nécessaires pour les modifications visées.


    3. Gestion des émotions: Le patient apprend à reconnaître ses émotions, à en comprendre la signification et les effets. Il s'entraîne à mettre en place des stratégies lui permettant de diminuer les souffrances émotionnelles et la susceptibilité et d'octroyer une place accrue aux sentiments positifs.


    4. Relations interpersonnelles et techniques de résolution des conflits: Un travail est effectué au niveau des facteurs touchant aux compétences sociales: défaut d'aptitude, perturbation des idées et mode de pensée, sentiments négatifs, indécision ou manière d'agir dans un contexte difficile. L'objectif de ce module est que le patient réussisse à exprimer ses souhaits, ses objectifs et ses idées et qu'il puisse les mettre en pratique tout en conservant l'estime de soi et le respect des autres. Il apprend donc à évaluer l'objectif en fonction de la situation donnée et à exercer ses compétences pour y parvenir.

    Dans une première étape de thérapie individuelle, les objectifs du traitement sont définis en commun puis ratifiés sous forme de contrat de thérapie dont l'élément le plus important est l'engagement ferme du patient de s'abstenir de toute tentative de suicide durant la période de traitement. Par la suite on s'efforce d'atteindre tous les objectifs convenus et on tente de transposer dans la réalité quotidienne les compétences nouvellement acquises. Contrairement à l'usage courant, on ne s'attache pas en premier lieu à la cause mais à la maîtrise de la situation. Une fois cette maîtrise acquise, on pourra alors s'attaquer aux causes de déstabilisation. On tente alors de parvenir à une balance dialectique, à savoir, d'une part, un équilibre entre l'acceptation et la compréhension du comportement conflictuel au vu des expériences vécues par le patient et, d'autre part, les efforts entrepris pour parvenir à un changement par le biais d'acquisition de compétences permettant de surmonter les problèmes et le développement des autres compétences nécessaires au changement.


    Médicaments


    Il n'existe pas de médicaments spécifiques pour traiter le trouble borderline. Le but de la TCD est d'amener le patient à maîtriser lui-même son problème à l'aide de ses propres compétences. Par contre il est possible de soulager certains symptômes par une médication. C'est pourquoi, plus particulièrement en début de traitement, des médicaments peuvent être ordonnés pour diminuer les états de tension, les tendances à la dissociation ou améliorer le sommeil ou encore combattre un trouble parallèle tels que dépressions ou TDAH. On évitera toutefois la prescription de médicaments provoquant une dépendance, comme la benzodiazépine, qui risquent de compromettre durablement les facultés d'apprentissage et la volonté de développer des compétences pour faire face aux propres problèmes.


    Faits


    Fréquence


    Le trouble borderline touche près de 1.5% de la population dont 60 à 70% de femmes. Il s'agit d'une maladie psychique très sérieuse qui nécessite pour les nombreuses personnes concernées un traitement psychiatrique et/ou psychothérapeutique. Sur la totalité des personnes souffrant d'un trouble psychique, près de 10% des patients en traitement ambulatoire et 20% en traitement stationnaire sont victimes du trouble borderline.


    Evolution


    Une grande partie des personnes concernées présentait déjà dans leur jeunesse certaines caractéristiques de perturbations comportementales. Toutefois, comme il est d'usage en présence de troubles de la personnalité, le diagnostic du trouble borderline n'est prononcé qu'à l'âge adulte.
    En l'absence de traitement le pronostic de guérison est défavorable. Le taux de suicides avec issue fatale est élevé (7 à 10%). Des thérapies efficaces ont été mises au point, conçues spécialement en fonction du trouble, si bien que le pronostic de guérison est favorable dans la majorité des cas traités.
    Troubles d'accompagnement (co-morbidité)


    De nombreuses personnes touchées par le trouble borderline souffrent d'autres troubles psychiques, entre autres, de troubles anxieux, troubles de l'attention et états dépressifs. On assiste fréquemment à une consommation accrue d'alcool, de médicaments et de drogues, dont le but initial était de réduire la nervosité et apporter le calme mais qui finit par aboutir à une dépendance. De même on rencontre souvent chez ces personnes des troubles du comportement alimentaire, troubles du sommeil et autres troubles de la personnalité. En revanche les cas de schizophrénie ne se rencontrent pas plus fréquemment chez les personnes borderline que dans la population en général.
    Lors du traitement d'un trouble psychique (par exemple trouble anxieux), il s'avère très précieux de savoir avec précision s'il existe un trouble borderline, ceci afin d'adapter le traitement en conséquence.

  • Vive la psycho-éducation! Interview du Dr Christian GAY

     

    Le patient bipolaire et son entourage sont aujourd'hui informés des aspects neurobiologiques du trouble bipolaire. Cette information est diffusée dans des buts bien précis, celui de comprendre la maladie mais aussi celui de faire accepter la réalité du trouble, de l'assimiler à une maladie à part entière. Expliquer qu'il existe des perturbations de la biochimie du cerveau et des modifications anatomiques avec un amincissement de certaines zones lors des phases dépressives est une étape tout aussi importante que celle qui consiste à aborder l'aspect multidéterminé du trouble. En outre cette information permet de lutter contre la stigmatisation de cette pathologie, la discrimination et le rejet de l'entourage et de la société qui continuent à avoir une vision négative des troubles de l'humeur, en les banalisant et en responsabilisant les patients.

    En quoi la prise en charge des troubles bipolaires a-t-elle évolué ?

    Nous attribuons une place importante à l'information du patient, la qualité de la relation, au recours à des mesures psycho-éducatives qui intègrent les règles d'hygiène de vie et impliquons la famille dans la prise en charge. Ceci va permettre d'aboutir à une alliance tripartie en respectant la liberté de chacun et en instaurant la règle de la transparence. Cela ne remet en rien en cause la place des traitements thymorégulateurs, clef de voute du traitement. En revanche les antidépresseurs sont utilisés plus prudemment, au même titre que les neuroleptiques, en privilégiant les produits qui présentent un risque plus faible de faire virer l'humeur.

    Comment expliquer cette modification de l'approche thérapeutique du trouble ?

    Les troubles bipolaires sont des affections à déterminisme complexe, intriquant des facteurs de vulnérabilité génétique et psychologique et des facteurs environnementaux. Il est fait référence au modèle bio-psycho-social. Il est aujourd'hui admis de manière consensuelle l'existence d'une vulnérabilité génétique, sur laquelle des événements de vie précoces et plus tardifs pourront jouer un rôle précipitant. Le schéma selon lequel le trouble bipolaire était lié à une seule cause n'est plus d'actualité. Il tient compte du sujet, de son histoire, de son patrimoine génétique, de son environnement social, professionnel, familial, de la nature des événements, de son état physique et des traitements associés. L'identification des causes constitue une étape tout aussi importante que l'évaluation clinique et la démarche diagnostique. Elle permet de proposer un traitement qui tiendra compte des différentes composantes de la maladie : biologique, psychologique et sociale. La participation active du patient à la prise en charge constitue une garantie supplémentaire. Ayant été informé de la nature des déterminants, il pourra ainsi se protéger contre certaines situations de fragilisation, avec l'aide de son thérapeute.

    Comment définir les mesures psycho-éducatives ?

    Elles peuvent se définir comme l'éducation ou la formation théorique et pratique axée sur la compréhension du trouble et de ses différents traitements. Elles prennent en compte les causes et les conséquences de la maladie, le contrôle des facteurs déclenchants et les principaux aspects psychopathologiques du trouble, la qualité de la relation médecin-patient-famille. Elles constituent une approche spécifique du trouble bipolaire, faisant référence non seulement à ses déterminants, mais aussi à ses conséquences et aux pathologies associées qui constituent souvent des facteurs de résistance au traitement.

    Différentes approches de mesures psycho-éducatives ont été proposées ces dernières années. Néanmoins, si les objectifs et les modalités de travail en groupe sont en partie superposables et nettement influencés par les thérapies cognitivo-comportementales, le nombre de séances, la sélection des patients, la participation ou non de l'entourage apportent une spécificité à ces différentes approches.

    Quelle est la place des mesures psycho-éducatives ?

    Les mesures psycho-éducatives occupent une place prépondérante dans la prise en charge des patients bipolaires. Elles dépassent largement le cadre de l'information générale transmise sur la maladie et ses traitements. Les mesures psycho-éducatives, dont le rôle a longtemps été sous-évalué dans les troubles bipolaires, font partie, avec les thérapies cognitivo-comportementales, des traitements psychologiques les mieux documentés et pour lesquels il existe un niveau de preuve d'efficacité élevé. Les dernières études publiées confirment ces données et rapportent une diminution du nombre de récidives et de rechutes, une diminution de la durée d'hospitalisation, un meilleur équilibre de la vie familiale, une amélioration de la qualité de vie.

    Comment expliquer cet impact aussi positif ?

    Il s'explique par les bénéfices attendus de cette approche complémentaire : acceptation du trouble (au sens d'une reconnaissance et non d'une résignation), reconnaissance précoce des symptômes qui annoncent une récidive, amélioration de la qualité de l'observance thérapeutique et prévention des abus de substances, meilleure gestion de la vie sociale, professionnelle et affective, identification des facteurs déclenchants et précipitants, respect des règles d'hygiène de vie, amélioration des relations interpersonnelles et du fonctionnement social dans les périodes intercritiques (symptômes mineurs et symptômes résiduels). En outre le patient durant le temps de cette prise en charge est mis sur des rails et bénéficie de l'expérience du groupe.

    Quelles en sont les modalités pratiques ?

    Elles s'inspirent principalement des techniques comportementales. Le nombre de séances est variable et dépend des objectifs fixés. Il est limité à 5 ou 6 lorsqu'un seul thème a été préalablement défini ou lorsque l'on donne une information générale sur la maladie. Le nombre idéal est une vingtaine de séances pour donner la possibilité au groupe de fonctionner et aborder les différents aspects du trouble

    Ces mesures s'adressent préférentiellement à des patients équilibrés. Elles pourraient, s'envisager en fin d'hospitalisation au décours d'un épisode d'excitation ou de dépression.

    En théorie, tous les patients devraient avoir accès à ce type de mesures, comme peuvent l'être tous les diabétiques, asthmatiques, hypertendus.... Cette approche peu coûteuse, en parfaite adéquation avec les objectifs du programme de santé de lutte contre les maladies mentales, pourrait être facilement applicable et généralisable à l'ensemble des patients. En pratique, Il apparaîtrait logique de proposer cette mesure aux patients dès le premier accès, compte-tenu de l'enjeu important et de la nécessité de mettre toute en oeuvre dès le premier épisode afin d'enrayer le processus évolutif : plus la prise en charge est tardive, plus il y a de risques de récidive, de résistance et de désocialisation. Par ailleurs, il est admis que les bénéfices de cette approche sont inversement proportionnels au nombre antérieur d'épisodes.

    Une consultation préalable est en règle nécessaire afin de préciser, avec le patient, les objectifs et de constituer un groupe homogène en excluant des personnalités trop psychorigides ou antisociales qui pourraient exercer une action négative sur la dynamique du groupe. Le respect de la confidentialité, la ponctualité, l'assiduité constituent des règles élémentaires au bon fonctionnement du groupe.

    Ces mesures sont délivrées par un personnel expérimenté et entraîné aux thérapies de groupe (psychiatres, psychologues, infirmiers). Elles constituent un acte thérapeutique à part entière.

    Quelle est la place de la famille ?

    L'entourage proche est aussi concerné par ce type d'approche. Il peut être constitué par les conjoints, parents, enfants ou amis. Il peut être inclus au groupe de patients ou être intégré dans des groupes spécifiques d'accompagnants. Les programmes destinés à l'entourage se superposent à ceux des patients.

    Quelle conclusion rapide pourriez-vous nous proposer ?

    L'approche psycho-éducative constitue un des éléments clef de la prise en charge du trouble bipolaire et permet d'optimiser le traitement médicamenteux auquel elle ne peut se substituer.

    Dr GAY

    in clinique-garches.com

  • Les dépressions cyclothymiques : de Hecker à aujourd’hui

    La majorité des cyclothymiques présente des états dépressifs et souvent c‘est la raison principale de consulter.

    C’est inéluctable. Ce sont les phases de la maladie qui font le plus de mal. Les patients et leurs entourages sont plus attentifs à ces phases de bas qu’aux moments de hauts, souvent considérés comme des phases de santé, voire même les phases « les plus saines » et normales. Cependant, ces phases sont de courte durée, plus courte que les phases dépressives au cours desquelles le sujet subit le contraste par rapport aux phases « hautes ».

     

     

     

     

     En reprenant les descriptions de Hecker et de Kahn

    La dépression se manifeste par un état d’inhibition psychomotrice extrême, une pensée confuse, lente, des sensations émoussées, l’impression d’avoir un mur érigé entre le sujet et le monde extérieur (la sensation d’un rideau qui tombe). La conversation avec les autres devient pénible et le travail devient une corvée, même pour les activités au quotidien les plus simples. Une anxiété intense est mêlée aux sentiments de tristesse et des gémissements ; les cyclothymiques sont les patients les plus plaintifs. Des pensées suicidaires, même inattendues (à ne pas prendre à la légère), qui sont atténuées et soulagées quand elles sont ouvertement exprimées.

    La perception de leur état comme une énorme souffrance ; ils sont envahis par l’absence totale d’espoir et de courage ; leur entourage croit que la rémission est impossible, malgré les épisodes antérieurs similaires ; et cela à cause du fait que « ça n’a jamais été autant grave que cette fois-ci » - ainsi chaque rechute dépressive donne l’impression que c’est la pire de toutes et les chances de rémission impossibles. Dans ces phases, les cyclothymiques ont tendance à l’évitement social ; ces personnes n’aiment pas être vues dans ces états de déchéance psychologique ; soit c’est à cause de l’inhibition physique (obligés de rester au lit) ou pour sauver la face. Ainsi, le cercle d’amis est protégé et mis à l’écart de cette souffrance. Mais le patient court le risque d’être incompris par ses amis.

    Quand ils se plaignent, ils rapportent plutôt des plaintes somatiques ce qui leur vaut l’étiquète d’hypocondriaques. Souvent, l’intensité de se plaindre est un indice d’une intrusion de symptômes hypomaniaques au sein de la phase dépressive.
    Un signe particulier : la persistance malgré l’état de fatigue et d’inhibition d’une tendance marquée à tout critiquer et à râler. Ils sont d’éternels insatisfaits ; ils se plaignent de l’état sanitaire de leur chambre, de la qualité des repas, de l’attitude des infirmières… Pour Hecker, c’est un point spécifique des cyclothymiques.
    Hecker utilise l’exemple d’une machine qui a perdu son huile et continue de fonctionner ; les roues qui se frottent péniblement – le résultat = un fonctionnement psychique pénible, douloureux et lent…

     

     

    Dans les études récentes

    Les dépressions cyclothymiques se démarquent des dépressions unipolaires et même des autres dépressions bipolaires (type II) par :
    - un âge de début précoce (avant l’âge de 20 ans)
    - un nombre de symptômes dépressifs plus important au sein de l’épisode
    - une fréquence élevée de certains symptômes dépressifs comme la culpabilité, les idées de mort et plus d’agitation psychomotrice (états mixtes)
    - un degré de récurrence plus élevé
    - une sévérité globale plus prononcée avec un score moyen sur l’échelle de dépression plus important
    - un risque suicidaire plus élevé
    - un taux le plus élevé de diagnostics erronés antérieurs
    - un niveau élevé du tempérament irritable (ce qui explique l’observation de Hecker)
    - un délai plus court du virage hypomaniaque sous antidépresseurs

    Les états dépressifs mixtes sont également plus fréquentes dans la cyclothymie. On s’attend dans la cyclothymie, à ce que les épisodes dépressifs ou hypomaniaques soient plus volontiers de nature mixte.
    Pourquoi la mixité ?
    Même en phase dépressive, on ne perd pas sa cyclothymie. Ce mélange de dépression et d’instabilité fait que les symptômes de haut et de bas co-existent et se superposent. Donc, survenue des dépressions irritables, agitées, avec excitation mentale, une tension interne intense…

    Pour Hecker, la dépression cyclothymique est totalement différente de la simple mélancolie. En fait, il y a plus d’inhibition, un désir de suicide pressant, un besoin excessif de sommeil (dans la mélancolie, le sujet dort mal), une intrusion constante d’indices d’excitation hypomaniaque avec cette fâcheuse tendance à critiquer tout… De plus la survenue brusque, l’âge de début précoce et la durée plus brève, différencient la dépression cyclothymique de la mélancolie commune ou initiale.

    Source Auteur : Dr Hantouche
    "J‘apprends à gérer ma cyclothymie", éditions Josette Lyon, 2010