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Nourritures

  • Comment le végétarisme m’a sortie de l’anorexie par Pauline via Antigone XXI

    J'ai découvert ce témoignage sur le site d'Antigone XXI, Ophélie Véron qui a relayé l'expérience de Pauline sur son cheminement des TCA et comment le végétarisme l'a sauvée de ces troubles.

    Orienter son aspiration d'éthique pour que l'alimentation ne soit pas juste le fait de combler un besoin et lutter pour qu'elle ne se transforme en autodestruction.

    Personnellement, ce qui m'a aidée beaucoup est le livre du Dr Jacques Vigne, psychiatre qui a longtemps vécu en Inde et qui compare l'anorexie à l'inédie qu'il a pu observer chez certains hindouistes : "La Faim du Vide, Réflexions sur l'anorexie, le jeûne et la spiritualité" Editions Le Relié, 2012, j'en parlerai peut etre dans un autre article.

    Voici le témoignage que je relaie d'ici : https://antigone21.com/2015/02/05/comment-le-vegetarisme-ma-sortie-de-lanorexie/

    Merci à Pauline d'avoir partagé son expérience. Je déplore que dans les hopitaux, il n'y ait pas d'option végétarienne (végane n'en parlons pas) et qu'on oblige les personnes hospitalisées pour des troubles du comportement alimentaires à manger de la viande ou du poisson, associant leur choix à un symptôme des TCA (ça peut être vrai mais ne l'est pas dans la plupart des cas). En acceptant leur choix, on les respecte et chemine vers leur guérison propre.

    "Bonjour, je m’appelle Pauline, j’ai 20 ans, et j’ai des troubles du comportement alimentaire. 

    Je vous rassure tout de suite : ça appartient plutôt au domaine du passé, même si ce genre de choses laisse, je crois, une empreinte permanente sur la vie. Ca a commencé en seconde, alors que je rentrais au lycée avec quasiment deux ans d’avance sur mes camarades de classe, et venant d’un collège éloigné de plus de 75km, ce qui réduisait mes chances de croiser des visages familiers à virtuellement zéro. N’ayant jamais été très à l’aise dans la vie en général, toujours en décalage de par mon âge et mes expériences, j’ai très mal vécu cette coupure, ce changement d’environnement. J’avais 13 ans, c’était la période nulle de l’adolescence, de la puberté, du corps qui change et ça ne se mélangeait pas bien du tout dans ma tête. Comme au lycée, je n’avais (toujours pas) d’amis avec qui partager mon temps, que je subissais du harcèlement scolaire de la part d’élèves et de profs, j’ai fait une légère (grosse) dépression, et j’ai arrêté de manger.

    Comme ça, pof.

    Dans ma petite tête d’ado rationnelle et pas stupide, j’ai décidé que c’était une perte de temps. Tant que je pouvais me lever le matin et vivre mes journées, je n’avais pas besoin d’ingérer plus que le strict minimum, et je passais tout ce temps gagné à ne pas manger le nez dans mes livres, là où c’était le plus confortable d’exister. Comme je n’avais pas du tout envie de maigrir — au contraire, je ne savais que trop bien que je maigrissais trop — j’ai mis plusieurs années à me rendre compte que ce que j’avais vécu, à cette période-là, c’était de l’anorexie. Selon l’Inserm, l’anorexie “correspond à des critères bien précis” et j’étais loin de les remplir tous. Si je refusais de manger trop, je mangeais quand même. (Un peu. Surtout des liquides, et plus tard, des quantités astronomiques d’œufs sous toutes leurs formes) Je n’avais pas une perception déformée de mon corps : le fameux cliché de l’anorexique ultra maigre qui se voit grosse dans le miroir est non seulement offensant pour les personnes grosses, mais surtout pas symptomatique de toutes les formes d’anorexie. J’avais un très faible IMC, mais j’étais toujours réglée (l’aménorrhée est un symptôme très fréquent de l’anorexie et souvent révélateur pour les personnes extérieures attentives), et puis surtout, je n’avais pas l’impression d’avoir un comportement anormal. Ça, par contre, c’est un symptôme très parlant des TCA (Troubles du Comportement Alimentaire).

    Quand j’ai arrêté de m’alimenter, je n’avais aucune idée de ce que je faisais, et j’ai mis très longtemps à me rendre compte que ce n’était pas normal, parce que ça ne correspondait pas à ce que je lisais sur l’anorexie ou la boulimie. Je n’avais pas envie de maigrir, et je ne me forçais pas à m’affamer. Mais j’étais bien en réalité dans le contrôle de moi-même, ce que je n’ai réalisé que bien plus tard, avec une thérapie et beaucoup de soutien. Je vivais une période très difficile où les changements se bousculaient beaucoup trop vite. Projetée en dehors de ma zone de confort, mon comportement alimentaire était une manière pour moi de contrôler ce qui m’arrivait, et de rester maîtresse de certaines choses, alors que j’avais l’impression que tout le reste m’échappait.

    Ce petit manège n’a pas duré très longtemps, à peine quelques mois. Mes parents, très inquiets et avec raison, m’ont inscrite dans un autre lycée, dont le fonctionnement ressemblait plus à mon collège (après tout, j’étais encore une enfant), et où je n’avais pas la possibilité de passer les déjeuners. Ce n’est pas pour ça qu’ils l’ont choisi — plutôt parce qu’il avait une équipe d’enseignants spécialisés dans l’accompagnement des enfants précoces — mais ça m’a peut-être un peu aidée. J’ai recommencé à manger doucement, mais pendant un an encore mon comportement alimentaire était vraiment erratique. Je mangeais jusqu’à trente œufs par semaine, et quasiment rien d’autre à part des tasses de bouillon. A la cantine, je faisais acte de présence, mais je ne mangeais que les féculents. Non, rien de tout ça n’avait de sens sur le plan nutritionnel, mais c’était tout ce que j’étais capable d’ingérer.

    J’ai mis littéralement trois ans à accepter que j’avais souffert d’anorexie. Pendant un moment encore, j’ai pensé que tout ça était derrière moi, mais cette période d’anorexie puis de troubles alimentaires divers (binge eating, restrictions, dysmorphisme…) avaient évidemment laissé des séquelles. Je n’avais plus aucun plaisir à manger, je voulais toujours expédier ça le plus vite possible et la saveur des plats ne m’intéressait pas. Je n’aimais pas mâcher, je n’aimais pas les textures fibreuses, je n’aimais pas le gras… avec le recul, je n’aimais pas grand-chose, et je mangeais sans en avoir le cœur. Quand je mangeais “trop”, j’avais envie de vomir et je me trouvais très grosse, écœurante. Ironique, pour quelqu’un qui avait sombré dans l’anorexie sans ce problème de dysmorphisme. Il y avait encore du chemin à parcourir.

    Trois ans après le début de mes problèmes alimentaires, je suis rentrée à la fac, le bac en poche, persuadée que j’allais faire une brillante carrière universitaire. J’ai emménagé dans un petit studio étudiant à 1 minute de ma fac, mon frigo était soigneusement rempli par ma maman qui m’aidait à faire les courses, et on y trouvait quelques viandes, beaucoup de produits laitiers, et des trucs facile à faire en peu de temps, pas très sains mais que voulez-vous. Je mangeais beaucoup de pâtes à la crème, de semoule au beurre, et de nouilles japonaises instantanées, de toute façon je n’avais pas le temps. En effet, même si je ne suis pas restée longtemps à la fac, j’ai rencontré sur ses bancs celui qui est depuis devenu mon fiancé, et on avait autre chose à faire que cuisiner, vous pensez bien.

    Cette période a elle aussi été marquée de difficultés, plus vraiment alimentaires, même si j’avais tendance à “oublier” de manger dès lors que j’étais seule. Je n’avais en réalité qu’un seul pied en dehors des TCA, et il m’arrivait encore de manger trop et trop vite, d’en pleurer, ou de ne pas manger pendant plusieurs jours, par oubli, par désintérêt. Je ne reconnaissais plus mes sensations de faim et de satiété depuis longtemps. Ma passion pour les œufs s’est calmée, remplacée par rien, aucun aliment ne m’enthousiasmait vraiment. Même mon sacro-saint Nutella n’était qu’un vestige de souvenirs réconfortants : ceux de l’enfance. (je n’ai jamais trop voulu grandir, encore aujourd’hui c’est un sujet à prendre avec des pincettes avec moi)

    Le temps a passé. J’ai emménagé avec mon chéri, ma belle-sœur et une amie sont devenues végétariennes (je me suis un peu moquée…) et j’ai arrêté la fac. Et puis un jour, je me suis dit “pourquoi pas ?”. J’ai acheté le livre No Steak, du journaliste Aymeric Caron, que j’ai lu d’une traite lors de vacances en Normandie. J’ai regardé Gary Yourofsky, et puis Earthlings. J’ai réalisé plein de choses : que les produits carnés, que je n’avais jamais vraiment aimés, n’étaient pas indispensables à ma survie, voire qu’ils étaient carrément mauvais pour ma santé. Qu’ils participaient plus que largement à la destruction de la planète… et que l’exploitation animale, je ne voulais pas y participer. Si je me doutais de certaines choses, je ne réalisais pas le quart de la vérité qui m’était désormais étalée sous les yeux. J’avais à présent toutes les informations en main, et j’étais face à un choix : continuer dans mon « non-choix » alimentaire (qui ne m’avait pas apporté beaucoup d’épanouissement jusque-là) ou bien changer, pour coller le plus proche possible à ce que je pensais être juste.

    Et j’ai arrêté de manger de la viande ainsi que du poisson. Au bout de quelques temps, je l’ai annoncé à mes parents. Ça n’a pas trop surpris ma mère, qui m’a dit “De toute façon, tu n’as jamais aimé ça, la viande, le poisson… alors bon, ça ne changera pas grand-chose pour toi, j’imagine”. Aujourd’hui, je serais incapable de vous dire si elle s’est inquiétée d’un retour du boomerang de mes TCA à cause de cette décision, si elle s’est méfiée, si elle s’est dit “Eh merde, ça recommence”. Si c’est le cas, elle a eu l’immense délicatesse de ne jamais me le faire sentir.

    Quant à moi, j’ai dû changer mes habitudes alimentaires. C’était super fun : tant d’expérimentations, de nouvelles saveurs, de découvertes ! Moi qui ne cuisinais pas du tout, je me suis mise à adorer ces moments en cuisine, j’ai découvert les épices, les légumineuses, beaucoup de légumes que je ne connaissais pas, je me suis tout simplement éclaté. Je me suis découvert la passion de la cuisine, l’amour de préparer un plat, mais aussi de le manger ! Toutes ces nouveautés dans mes placards et sur mon palais avaient réveillé ma curiosité et mon entrain, je me suis sentie revivre.

    Honnêtement, c’était aussi un pari un peu risqué : après des années de chaos, et avant de passer au végétarisme, j’avais trouvé des bases à peu près stables au niveau alimentaire. J’avais mes petits plats réconfortants que je pouvais préparer en 2 minutes les jours de déprime, parce qu’il était important pour moi de ne plus rater un repas. Donc j’ai pris le parti d’y aller doucement, et pendant les premiers mois de mon végétarisme, j’ai « craqué ». Une fois croqué dans les aliments délictueux, j’ai tout de suite regretté, évidemment. Ce dont j’avais envie, c’était de réconfort, et après avoir pris conscience de ce qu’impliquait la consommation de viande, croquer dans un morceau d’animal mort et assaisonné ne m’apportait plus beaucoup de réconfort. Ces « craquages » (je ne suis pas fan du terme) m’ont toujours permis de confirmer que le souvenir que j’avais de ces aliments n’était plus conforme à ma réalité actuelle, et que je n’avais plus du tout envie de manger de produits carnés.

    J’ai donc trouvé d’autres aliments et d’autres plats réconfortants. J’en ai profité pour me réconcilier avec le gras, et j’ai découvert avec joie que je n’avais rien contre les graisses végétales, et qu’au contraire, elles me ravissaient ! Mon aversion pour le gras de viande et le beurre est toujours bien présente, mais je me régale d’huiles végétales, d’avocats et d’aliments riches en graisses saines, à présent consciente que mon corps en a besoin pour bien fonctionner.

    Je ne suis pas capable d’abandonner mes habitudes du jour au lendemain. Mes habitudes alimentaires ont été difficiles à construire, elles ont toujours été les bases très fragiles d’une stabilité plus que précaire, qui m’a beaucoup coûté. J’admire les gens qui ont pu devenir vegan du jour au lendemain. Moi, j’avais besoin de savoir que si un jour, ça n’allait vraiment pas, je pouvais manger un morceau de fromage si je pensais que ça allait me remonter le moral. Je savais tout ce que ça impliquait, je savais que ce sont des produits de la souffrance, je savais tout ça. Donc je sais aussi que manger un morceau de fromage en période de rechute de dépression, c’est un acte qui a des conséquences pour moi. Mais je sais surtout que plus le temps passe, moins ces envies presque irrépressibles se font sentir. Cela fait presque deux ans que je suis végétarienne et je n’aurais plus l’idée de manger de la viande ou du poisson maintenant, ça ne me fait plus jamais envie. En étant douce et patiente avec moi-même, je sais que dans quelques années, ce sera pareil pour le fromage.

    Avec le recul et toutes les lectures que j’ai emmagasinées, je peux dire aujourd’hui que je ne suis pas devenue végétarienne pour soigner mes TCA, mais que mon comportement alimentaire est très intimement lié à la personne que je suis, et que le végétarisme était une voie presque logique.

    Je suis une personne qui “souffre” d’hypersensibilité. Ca regroupe plein d’aspects super sympa (je suis sûre de pleurer à tous les coups devant mon film préféré, comme la toute première fois !), et d’autres beaucoup moins cool, d’où le terme “souffrir”. Parmi tous les symptômes de cette petite particularité, il y a une tendance très nette aux troubles du comportement alimentaire (je vous invite à lire cet article qui explique un peu ce que je veux dire), et puis une empathie décuplée, que dis-je, centuplée ! L’empathie, et dans mon cas, l’hyperempathie, ce n’est pas un phénomène conscient, et ça influe sur beaucoup d’aspects de la vie sans qu’on s’en rende compte. Je n’avais pas l’impression d’être particulièrement intéressée par le sort des animaux et de la planète, et pourtant aujourd’hui, il me serait impensable de faire un retour en arrière, et ces causes sont devenues très importantes à mes yeux. Et encore ! Je dis “sont devenues” mais c’est plutôt… “se sont révélées”. J’ai découvert des convictions qui avaient toujours été en moi, mais en sommeil, n’attendant que d’être autorisées à se révéler. J’ai découvert pendant cette période-là la bienveillance universelle, la non-violence éducative… et finalement c’est ça, la personne que je suis. Pas particulièrement défenseuse des animaux, pas écolo dans ma moelle, juste très soucieuse d’être le plus bienveillante possible, avec un gros besoin de cohérence entre ce que pense ma tête, ce que ressent mon cœur, et ce que fait mon corps au quotidien. Je suis devenue végétarienne par souci de cohérence, tout comme j’essaye d’être non-violente et de minimiser mon impact écologique dans la même démarche.

    Paradoxalement, devenir végétarienne impliquait de garder un contrôle sur mon alimentation — donc on pourrait croire que je suis restée dans la même logique qu’avant — mais c’était un choix tellement… naturel ? Logique ? Profondément bon ? Les bonnes raisons de prendre un tel chemin étaient tellement nombreuses que je me suis sentie libérée. Et c’est sûrement dû au fait que, à cause de (ou plutôt grâce à, cette fois) mon hyperempathie, j’avais besoin de sentir une complète adéquation entre ce que je mangeais, et ce en quoi je croyais, au fond de moi-même.

    Le végétarisme m’a permis de découvrir de nouvelles saveurs, couleurs, odeurs, de nouvelles manières de manger, de dresser mes assiettes… Ce changement a fait appel à tous les sens qui avaient été endormis pendant mes TCA. De plus, très soucieuse de ne plus faire n’importe quoi avec ma santé, j’ai enfin appris à reconnaître la faim, la soif, la satiété. J’ai acquis quelques notions de nutrition, je sais que je mange bien, que je mange à ma faim, sainement.

    C’est très symbolique, la nourriture. D’un côté, il faut la cuisiner. Je ne sais pas vous, mais moi je ne cuisine jamais mieux que lorsqu’il faut partager, avec des amis, de la famille, des gens que j’aime. Depuis que j’ai un blog, je partage aussi mes recettes, et c’est un plaisir immense que d’avoir les retours de mes lecteurs et lectrices ! De l’autre, il faut la manger, cette nourriture. Pour l’hypersensible que je suis, l’acte très symbolique de mettre dans mon corps des aliments doit se faire en accord avec la personne que je suis. Et puis, pour être tout à fait honnête, c’est une grande fierté pour moi, qui ai eu si longtemps un rapport aussi hostile à la nourriture, de me régaler et de régaler les autres avec ce que je cuisine. Le bonus, c’est que ce que je nourris mes amis et mes proches avec de la nourriture saine et dont l’impact sur d’autres êtres vivants est le plus réduit possible. Avec le végétarisme, je me suis réellement épanouie dans ma cuisine et dans mon assiette.

    Aujourd’hui, je cuisine plus que jamais ! J’ai beaucoup de temps, donc je fais quasiment tout maison, et j’adore particulièrement pâtisser (mention spéciale pour le pétrissage de la pâte à brioche, qui me détend et me donne la sensation de bien mériter ma part de brioche dorée), ainsi que cuisiner des légumes que je n’avais jamais goûté ou dont j’avais un très mauvais souvenir. Ma prochaine expérience, après m’être réconciliée avec les épinards et les champignons, ce sont les choux de Bruxelles ! Je suis très fière parce que mes proches trouvent que je cuisine très bien. Moi, depuis presque deux ans que je suis végétarienne, et six mois que j’ai entamé ma transition vegan, je me suis trouvée. Je mange, et j’adore ça. Tout, dans la cuisine végétale, me plaît et me transporte. Je ne me prive plus jamais. Mes crises de dysmorphisme s’espacent de plus en plus (la dernière remonte à plusieurs mois !), et j’ai décidé de faire du sport, pour apporter du tonus à mes muscles, me sentir mieux dans mon corps, ainsi que dans ma tête.

    Dans la vie, je suis toujours en transit. Je ne sais pas trop ce que je fais, où je vais. Je cherche ma voie, et puis peut-être que je n’en ai pas une toute tracée mais plutôt beaucoup de chemins qui me font face, et peut-être aussi qu’en choisir un ne m’empêchera pas d’en emprunter un autre plus tard. Je ne sais pas, et qui vivra verra. Je suis toujours un peu en décalage avec la société — mais je trouve de plus en plus que c’est une qualité, et qu’avec tous les autres gens en décalage, on arrivera à faire bouger les choses. Je suis une personne avec une spiritualité très personnelle, j’ai des particularités que tout le monde n’a pas, je compose chaque jour avec mon hypersensibilité, mon hyperempathie, mon besoin très accru de justice et d’équité, et je trouve que la plupart du temps, je m’en sors pas trop mal.

    J’ai un blog sur lequel j’essaye de cultiver le positif en parlant bien-être, écologie, alimentation, et son petit frère devrait arriver très bientôt, dans une version plus agréable à parcourir, et mieux organisée (gardez l’œil, ça arrive !). Il y a un an, j’ai ouvert une galerie participative pour promouvoir l’estime de soi et un rapport pacifié au corps, un projet qui m’apporte beaucoup au quotidien, et dont je suis très fière. J’adore enfin manger et mon idée d’une soirée de rêve, c’est partager de bons plats vegans — et un bon vin ! — avec mes ami·e·s. Je suis beaucoup plus sereine qu’il y a trois ans, et pourtant mon avenir n’a jamais été aussi flou. Je suis heureuse de pouvoir dire que je suis résolument une personne optimiste et positive, même si ma vie est loin d’être un long fleuve tranquille. Ce serait un peu triste, d’ailleurs !

    Bon, et puis ce serait dommage de terminer un témoignage sur comment l’alimentation végétale a changé ma vie sans parler de mes plats préférés ! J’adore la cuisine indienne, riche en épices et en saveurs, et plus particulièrement le daal de lentilles corail (dont la recette est sur mon blog). J’aime aussi beaucoup les currys de légumes : tout ce qui mijote dans du lait de coco ne peut qu’être super bon. Je suis une grande fan de pommes de terre, et je me régale souvent des pommes de terre farcies dont Marie Laforêt donne la recette dans son livre Vegan. Côté sucré, je n’imagine plus ma vie sans de délicieux porridges, que j’ai découverts grâce à Ophélie et à son petit-déjeuner de la demi-lune. Et que dire des fruits frais, que je déguste selon les saisons, en tartes, salades ou smoothies ? Quand je vous dis que j’adore manger…"

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  • Etre végane, être extrémiste ?

    Parfois, quand des gens s’étonnent de constater ce que je mange ou ce que je ne mange pas, je réponds ceci:

    « Je suis extrémiste ».
    -Tu manges du poisson quand même?
    -Non. Je suis extrémiste. Je ne mange ni viande, ni poisson, ni oeufs, ni produits laitiers. Je n’achète jamais de cuir, de soie ou de laine. Tu vois, je suis vraiment extrémiste.
    -Ha bon…

    Comme vous le constatez, votre interlocuteur n’aura pas grand chose à répondre de plus que « ha bon » ou « ha d’accord », et ce même s’il n’est pas d’accord du tout et qu’il vous trouve très bizarre. Mais au moins, il ne vous accusera pas d’extrémisme, c’est déjà fait.
    Mais si je me dis extrémiste, ce n’est pas uniquement pour enlever aux autres le loisir de le faire à ma place. C’est parce que je pense que c’est un peu vrai. La question est plutôt: que veut dire être extrémiste? Est-ce mal?

    Certes, comme l’illustre Veggiepoulette, il n’y a rien d’extrémiste en soi à ne pas vouloir manger du fromage ou à choisir le coton plutôt que la laine. Et parfois, je trouve totalement ridicule qu’on considère comme extrémiste le fait que je veuille un repas constitué uniquement d’ingrédients végétaux, ce type de repas devrait selon moi être la norme.

     C’est ce conditionnel que je prends et compte quand je m’accuse d’extrémisme. Cela devrait être la norme, mais ça ne l’est pas. La norme, c’est viande + garniture, et peu importent la logique, la souffrance des bêtes, la santé des humains, la destruction impitoyable de notre planète bleue, peu importe qu’on brûle notre propre maison. C’est la norme.

     Hé bien moi, je suis contre cette norme. Je suis donc extrémiste.

     

    P1030016

    Elevage non-extêmiste où tout est normal

     

    Les gens qui me taxent d’extrémiste sont les gardiens de la norme sociale. Tout individu élevé dans cette société sera, à un moment où à un autre de sa vie, défenseur de la norme sociale, des valeurs qu’il a apprises, qui l’ont construit. On ne peut pas vraiment en vouloir aux gens pour cela.

    Même la plupart des gens qui défendent les animaux sont les gardiens de la norme sociale. La plupart des défenseurs des animaux mangent de la viande, et tiennent beaucoup à continuer. Ils ne remettent pas en question la norme sociale, ils ne sont pas extrêmistes. Ils souhaitent simplement que l’on traite bien les animaux (et pour beaucoup, ce n’est pas incompatible avec le fait de les tuer sans nécessité).

    Les vegans antispécistes ne veulent pas qu’on traite bien les animaux. Ils veulent qu’on ne les traite plus du tout. Que le bien-être et que la vie d’un animal ne soient plus dépendants du bon vouloir d’un être humain. Or, notre domination sur les autres espèces fait partie de l’ordre social. Contrairement à ce que prétendent les défenseurs de la norme, je ne pense pas qu’elle fasse partie d’un quelconque « ordre naturel », que nous soyons les maîtres des autres animaux parce que « dieu » ou « la nature » l’ont dit; mais cela  fait indéniablement partie de la norme sociale.

     

    Je refuse cette norme.

    Je dois avouer que j’ai même une certaine fierté à être extrémiste. Il faut avoir la force morale de s’opposer à la norme sociale. Je dois dire aussi que les non-extrémistes, les modérés, me fatiguent un peu. Marre des modérés. Marre des mous du bulbes qui s’empressent de dire que oui oui, ils mangent du poisson, ils sont pas extrémistes, merci pour eux. Non, ils ne veulent pas changer la société, elle est très bien comme elle est, c’est juste que, hum, hé bien, la viande, ils n’aiment pas trop ça, ils ne savent pas pourquoi… Ils n’imposeront pas un régime végétarien à leurs enfants bien sur. (ils leur imposeront de manger de la viande, mais ça, c’est normal). Ils n’ont rien contre la viande, c’est juste qu’il faudrait mieux traiter les animaux, faire du bio…

    Les modérés sont mous. Ils devraient selon moi apprendre à s’affirmer dans un monde qui est impitoyable pour les plus faibles. On ne peut pas être modéré pour tout. Sommes-nous modéré quand nous affirmons qu’abuser sexuellement d’un enfant est une mauvaise chose? Alors pourquoi devrait-on être modéré pour condamner des actes comme égorger un veau? Pourquoi devrait-on être modéré quand il s’agit de la souffrance d’être faibles qui ne peuvent pas se défendre, qui ne peuvent que subir?

     

    Par contre, je veux bien qu’on dise que je suis extrémiste, mais je refuse que l’on m’accuse d’intolérance. Au contraire, je suis tout ce qu’il y a de plus tolérante. Je tolère que des gens que j’aime donnent leur argent pour que l’on tue et torture les animaux que j’aime; et ce n’est pas facile tous les jours. Tolérer ne veut pas dire cautionner, ne veut pas dire être d’accord. Je tolère parce que c’est la norme et que c’est comme ça. Et surtout, je ne juge pas. Je condamne fermement les actes, mais je ne juge pas les gens qui les commettent. Juger les gens est stérile. Juger les actes est nécessaire, pour un monde un peu plus juste. Et être extrémiste, c’est simplement vouloir un monde un peu plus juste, même si pour cela il faudra que la société évolue, et avec elle, ses sacro-saintes normes, qui ne sont autres que des conventions auxquelles se plient les gens. Sans réfléchir.

    source https://leculdepoule.co/2016/09/23/etre-vegan-etre-extremiste/ et

     via : lesquestionscomposent.