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08/11/2006

Jésus bandait-il ?

Jésus bandait-il ?

 

Chrétienne catholique, ayant été convertie adulte, je me suis posée la question de l’(a)sexualité de Jésus bien avant le phénomène « Da Vinci Code » de Dan Brown dont je suis restée volontairement éloignée par manque d’intérêt.

 

Pourquoi l’incarnation de Dieu complètement homme mais sans péché et complètement Dieu, le Tout-Autre, n’aurait-il pas eu d’érection et s’il en a eu qu’en a-t-il fait ?

Le Christ a connu la condition physique humaine, la faim, la soif, la fatigue, le sommeil mais aussi toutes nos émotions comme la tristesse lors de la mort de son ami Lazare, la colère devant les marchands du Temple ou la révolte sur la Croix donc rien n’indiquerait qu’il n’ait pu éprouver du désir et bander pour une femme (Marie de Magdala ou une autre « pécheresse », telle que la femme adultère ou la Samaritaine) ou même un homme (Saint-Jean le disciple préféré). Jésus avait un attachement  particulier aux femmes, relations sexuées qui en tant que célibataire –état rare à l’époque- dérangeaient les institutions établies et les dirigeants (scribes et pharisiens) tout comme l’ensemble de son message d’amour et de liberté par rapport aux Lois.

Les quatre Evangiles canoniques, contrairement à ceux apocryphes (ceux de Marie-Madeleine et de Philippe datant du 1er siècle), n’indiquent rien de la sexualité du Christ mais restent également muets sur d’autres aspects humains qu’il a sans doute  expérimenté comme la maladie par exemple, ce qui laisse place à tous les fantasmes possibles.

Aucun être humain a besoin d’expérimenter toutes les expériences humaines pour se définir en tant qu’être humain. Néanmoins,  pourquoi une expérience aussi banale et commune pour un homme que l’érection et le désir empêcherait-t-elle la divinité du Christ ? L’amour de Dieu, l’agapé, don d’amour absolu et total anéantirait-il l’éros, la pulsion sexuelle que connaît la majorité des êtres humains ?

En partant sur le postulat que Jésus ait bandé et désiré charnellement qu’a-t-il fait de ce désir ?

Si on se réfère aux Ecritures et non aux dogmes ultérieurs, un seul verset des Evangiles se referant à la sexualité reste énigmatique (Mathieu 19,12) : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là à qui c’est donné. Il y a, en effet, des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l’action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont rendus tels à cause du Royaume des Cieux. Qui peut comprendre qu’il comprenne ».

Jésus faisait-il référence nécessairement à un choix de chasteté ? « L’action des hommes » ne pourrait-elle pas représenter non pas une castration physique mais le jugement des hommes par leurs lois « castratrices » empêchant les relations sexuelles pour les célibataires ?

Jésus ne jugeait pas mais remettait les péchés et il n’a jamais déclaré expressément que les relations sexuelles ou le désir physique étaient des péchés. Le péché de chair est la concupiscence, selon moi, la tendance à se laisser emporter par ses pulsions en considérant les corps comme des uniques objets de plaisir et non aussi le Temple de Dieu, ce qui coupe avec la notion de sacré et donc de Dieu le Père, comme tous les autres péchés.

Or Jésus qui n’a pas connu le péché, s’il n’a pas répondu à ses pulsions sexuelles humaines et est demeuré vierge l’a fait par choix pour éviter la tentation de l’addiction comme il a repoussé les tentatives du Malin dans le désert concernant d’autres péchés humains passionnels comme l’orgueil ou le pouvoir par exemple. Il a pu non pas éviter ce désir de coït mais le transcender en le transformant en désir de partage et don de soi comme il a transformé l’eau en vin pour contenter les convives aux noces de Cana, ce qui dépasse la notion de sublimation telle qu’elle est conçue en psychanalyse comme mécanisme de défense car s’il est bien un être qui n’a pas usé de « mécanisme de défense » c’est le Christ., il s’en est remis à la volonté de Dieu le Père

Si le Christ a répondu à son désir en ayant des relations sexuelles, il l’a fait sans se séparer du lien avec son Père et en accomplissant Sa volonté en tant qu’être humain fragile donc par charité (amour du prochain) comme il l’a fait lors des guérisons : pour libérer l’autre et non pour l’asservir ou s’octroyer uniquement un plaisir personnel. Cela n’empêche pas évidemment qu’en tant qu’homme de chair,  Jésus ait connu le plaisir sexuel et l’orgasme sans s’y attacher. Il a pu rester chaste sans être abstinent c’est à dire en gardant le respect des corps considérés comme divins et en restant pur.

 

En réalité, en tant que chrétienne, le fait que Jésus ait eu ou non une pratique sexuelle m’importe peu. Il n’entache en rien mon amour pour le Christ, ma croyance en sa totale Humanité, Divinité et sa résurrection. Il reste pour moi le modèle unique par son message anti-conformiste d’amour, de tendresse, de générosité envers tous y compris les bannis de la société et de sacrifice pour sauver l’humanité en refusant l’hypocrisie des scribes ou des docteurs de la Loi qui préféraient les apparences à la liberté et à l’amour vrai.

Les hommes jugent les actes, Lui qui est Amour sauve par la Foi.

Le christianisme des origines n’a rien contre le sexe (dans le mariage qui semblerait avoir la vertu de protéger de la concupiscence)  et même l’Eglise a condamné les encratites, secte du 2ème siècle qui refusait tout acte sexuel. Plusieurs Pères de l’Eglise tels que Grégoire de Nysse étaient mariés, les autres prônaient l’abstinence avec sévérité, loin de la miséricorde du Christ concernant les « péchés de chair ». C’est Saint-Augustin qui a interprété la genèse comme un 

péché originel transmissible par l’acte sexuel puis au 6ème siècle le pape Grégoire le Grand qui affirme que le désir sexuel est un péché qui sont à l’origine de la « Loi » de l’Eglise actuelle et non les Evangiles.

En 1960, Karol Wojtyla, alias le futur Jean Paul II publiait un ouvrage Amour et Responsabilité qui en se basant sur la Genèse (l’homme et la femme étant façonnés à l’image de Dieu, leurs organes sexuels portent également l’empreinte du divin) réhabilitait le plaisir et non plus seulement l’acte sexuel en vue de la procréation. En ce sens, le corps a pour vocation de révéler le mystère de Dieu puisque la communion charnelle figure la communion du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Pour conclure je rejoins l’Abbé Pierre qui dans son ouvrage Mon Dieu pourquoi ?  (Plon, 2005, page 52) s’interrogeait également sur une possible relation charnelle entre Jésus et Marie-Madeleine : « Autrement dit, je m’élève contre ceux qui affirment qu’il est impossible que Jésus ait eu des relations sexuelles au nom de sa divinité. Mais je m’élève tout autant contre ceux qui affirment qu’il a nécessairement eu un rapport charnel de par son humanité. Il semble que Dieu incarné peut connaître le plaisir charnel, comme en éprouver le désir, sans y céder. Et dans les deux cas de figure, je crois que cela ne change rien à l’essentiel de la foi chrétienne. ».


07/11/2006

Pélagie, une sainte "transgenre" ?

SAINTE PÉLAGIE *

 * Tirée des Vies des Pères.

Pélagie, la première des femmes de la ville d'Antioche, regorgeait de biens et de richesses. Douée d'une beauté extraordinaire, fière et vaine dans sa manière d'être, elle salissait son esprit et son corps dans l’impudicité. Quand il lui arrivait de passer par l’a ville, c'était avec une ostentation telle qu'on ne voyait sur elle qu'or, argent et pierres précieuses; partout où elle allait elle embaumait l’air de l’odeur de toutes sortes de parfums. Elle était précédée. et suivie d'une foule immense de jeunes filles et de jeunes garçons aussi revêtus d'habits somptueux. Un saint père appelé Nonnus, évêque d'Héliopolis, aujourd'hui Damiette, en la voyant, se mit à verser des larmes très amères de ce qu'elle avait plus de souci de plaire au monde qu'il n'en avait lui-même de plaire à Dieu. Se prosternant alors sur le pavé, il frappait la terre avec son visage et l’arrosait de ses larmes, en disant : « Grand Dieu ! pardonnez-moi, misérable pécheur que je suis, parce que cette femme de mauvaises moeurs a mis plus de temps à parer son corps pour un seul jour que je n'en ai mis dans toute ma vie pour me sauver. O Seigneur, que les ornements d'une pécheresse ne soient pas pour moi un sujet de confusion quand je paraîtrai en présence de votre redoutable majesté. Elle est ornée avec les soins les plus exquis pour la terre, et moi qui me suis proposé de vous servir comme mon immortel Seigneur, j'ai été assez négligent pour ne pas accomplir ma, promesse. » Puis il dit à ceux qui se trouvaient là avec lui : « En vérité je vous dis que Dieu ta produira contre nous au jour du jugement, parce qu'elle se farde avec soin pour plaire à des amants sur la terre, tandis que nous négligeons de plaire au céleste époux. » Pendant qu'il disait ces choses et d'autres à peu près semblables, tout à coup il s'endormit, et il vit en songe une colombe noire et puante à l’excès voltiger autour de lui pendant qu'il disait la messe. Quand il eut dit aux catéchumènes de se retirer, la colombe disparut et revint après la messe. Alors l’évêque la plongea dans un vase rempli d'eau et elle en sortit nette et blanche : elle s'envola ensuite si haut, qu'il devint impossible de la voir. Enfin l’évêque s'éveilla. Or, une fois qu'il prêchait à l’église, Pélagie était présente. Elle fut si touchée de ses paroles qu'elle lui écrivit une lettre en ces termes : « Au saint évêque, disciple de J.-C., Pélagie, disciple du diable. Si vous voulez donner une preuve que vous êtes bien le disciple de J.-C. qui, d'après ce que j'ai entendu, est descendu du ciel pour les pécheurs, daignez me recevoir toute pécheresse que je suis, mais repentante. » (170) L'évêque lui répondit: « Je vous prie de ne pas mettre mon humilité à l’épreuve, parce que je suis un :homme pécheur. Si vous désirez être sauvée, vous ne pourrez pas me voir en particulier, mais. vous me verrez avec les autres évêques. »

Lorsqu'elle fut arrivée auprès de Nonnus placé avec ses collègues, elle se jeta à ses pieds qu'elle tenait de ses mains, et elle dit en 'versant des larmes très amères : « Je suis Pélagie, une mer d'iniquités, agitée par des flots de péchés. Je suis un abîme de perdition, je suis le gouffre et le piège des âmes ; combien se sont laissé duper par moi ! mais j'ai maintenant tous ces crimes en horreur. » Alors l’évêque l’interrogea : « Quel nom avez-vous; lui dit-il ? » Elle répondit : « Dès ma naissance, je  m’appelle Pélagie, mais à cause du luxe de mes vêtements, on  m’appelle Marguerite. » L'évêque, l’accueillant donc avec bonté, lui enjoignit une pénitence salutaire; il l’instruisit avec soin de la crainte de Dieu, et la régénéra par le saint baptême. Or, le diable était là qui criait : « Oh quelle violence. j'endure de ce vieux décrépit ! O violence ! ô vieillesse méchante ! Maudit soit le jour où tu es né pour être mon ennemi, et dans lequel tu n'as ravi ma plus chère espérance ! » Une nuit encore, pendant que Pélagie dormait, le diable vint la réveiller et lui dire : « Dame Marguerite, quel mal t'ai je jamais fait? Ne t'ai-je pas ornée de toutes sortes de richesses et de gloire ? Je t'en prie, dis-moi, en quoi je t'ai contristée, à l’instant je réparerai le tort que je t'ai fait. Seulement, je t'en conjure, ne  m’abandonne pas, afin que je ne devienne pas le sujet du mépris dés chrétiens. » Mais Pélagie se signa et souffla sur le (172) diable qui disparut aussitôt.

Le troisième jour après son baptême, elle disposa tout ce qui lui appartenait et le donna aux pauvres. Peu de jours après, à l’insu de tout le monde, Pélagie s'enfuit pendant la nuit et vint au mont des Oliviers où, prenant l’habit d'ermite, elle habita une petite cellule dans laquelle elle servit Dieu en pratiquant une rigoureuse abstinence. Elle jouissait d'une réputation extraordinaire, et on l’appelait frère Pélage. Dans la suite, un diacre de l’évêque dont nous avons parlé vint à Jérusalem pour visiter les lieux saints. Or, l’évêque lui avait dit qu'après avoir accompli ses dévotions, il s'informât d'un moine nommé Pelage et qu'il l’allât voir, parce que c'était un vrai serviteur de Dieu. Il le fit, mais bien que Pélagie le reconnût aussitôt, il ne la reconnut cependant point à cause de sa maigreur extrême. Pélagie lui dit: «Avez-vous un évêque? » « Oui, seigneur, répondit-il. » « Qu'il prie pour moi le Seigneur, reprit Pélagie, car c'est un véritable apôtre de J.-C. » Le diacre s'en alla et revint à la cellule de Pélage trois jours après. Mais comme après avoir frappé à la porte personne ne lui avait ouvert, il enfonça la fenêtre, et il vit que Pélage était mort. Il courut annoncer cela à l’évêque qui vint avec le clergé et les moines pour rendre les derniers devoirs à un si saint homme. Mais quand on eut sorti le cadavre de la cellule, on s'aperçut que c'était une femme.

Tous furent remplis d'admiration, et rendirent grâces à Dieu ; ensuite ils ensevelirent le saint corps avec honneur. Or, elle trépassa le 8ejour d'octobre, vers l’an du Seigneur 290.

 


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