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27/10/2006

Hypermarché

UN HYPERMARCHE PRESQUE ORDINAIRE
Ou
L´HYPERMARCHE DES DEPENDANCES



Les allées sont larges pour que chacun puisse évoluer a sa guise et effectuer les achats qui régenteront leur vie.
Quelquefois les consommateurs hésitent entre deux rayons, d´autres plus gourmands remplissent leur chariot frénétiquement en étant incapable de choisir entre toutes ces marchandises alléchantes.
La plupart font leurs courses seuls, d´autres en couple mais peu y convient leurs enfants. Ces derniers auront le loisir de goûter aux produits déballés par les parents si ceux ci l´y autorisent.

L´achalandage du magasin suit un ordre logique et rigoureux.
Chaque rayon est surplombé d´un écriteau indiquant son contenu accompagné d´un petit dessin pour les étrangers et les illettrés.
Cet immense magasin ne vend que du superflu, ce qui est nécessaire est toujours en vente quelque part ailleurs.
Pourtant, cet hypermarché ne désemplit pas : son chiffre d´affaires atteint des sommets dans cette ville ordinaire de province malgré le prix exorbitant de la plupart des produits taxés désormais par le Ministère de la santé.

Premier rayon : l´alimentation rapide.
La majorité des acheteurs qui s´y fournissent sont aussi clients du rayon hi-fi : télévision, DVD, ordinateur, Internet : tous ces vecteurs d´immobilisme qui génèrent ce que les diététiciens et les médecins appellent sédentarité.
Ici, on trouve des amuse-gueule, ce qui amuse les gens sans les nourrir véritablement mais en les faisant grossir sûrement : chips, cacahouètes, charcuteries diverses, tarama, biscuits apéritifs pour les amateurs de salé.
Les autres ne sont pas oubliés : le rayon sucré offre ses promesses : gâteaux á la crème, viennoiseries diverses, tartes colorées et surtout chocolat, le produit phare : tablettes variée, pralinées, truffes, barres au chocolat, au caramel ou aux céréales, sablés de notre enfance ou biscuits au chocolat fondant.
Beaucoup de ces produits portent des noms exotiques venus d´outre-Atlantique : „muffins“, „brownies“ qui attirent souvent plus les teen-agers que les gâteaux grand-mère, galettes ou beignets qui font la prédilection de leurs parents nostalgiques d'une enfance perdue.
Sur aucun des emballages de ces produits ne figurent le taux de graisse, de sucres ou le nombre de calories :ce serait une aberration ou une provocation mais surtout ferait baisser considérablement les ventes en culpabilisant les consommateurs.

Au rayon d´après, le rayon „light“, on jurerait les mêmes produits mais ceux-ci exhibent au contraire leur composition de manière scientifique en tout petit caractère sous le produit.
Les indications les plus visibles figurent sur des étiquettes fluorescentes : „moins 50% de matières grasses en moins“, ce qui signifie en général que le taux de sucre est doublé ou á l´inverse „moins de sucre“ et donc plus de gras pour le chocolat par exemple.
Les clients qui remplissent leur caddie de ces produits sont étrangement souvent les mêmes qu´au rayon précédent mais ils veulent garder bonne conscience de leurs excès en se donnant l'illusion de consommer des aliments moins nocifs pour leur santé : bref pour se déculpabiliser vis á vis d´eux-mêmes, de leur famille et de leur médecin.

Le rayon qui suit exhibe des denrées politiquement correctes : yaourts á 0%, crèmes caramels allégées, sodas light et toute la gamme des édulcorants de synthèse.
Y déambulent des personnes perpétuellement au régime quel que soit leur poids ou des gens très maigres qui passent des heures á comparer les étiquettes pour trouver l´aliment sans calorie car ils ne savent pas qu'il y en a qu'un seul et qui n'est pas en vente ici : dehors il est gratuit et se nomme „air“.
Le magasin a abandonné les produits laitiers non allégés : ils ne se vendaient plus, leurs consommateurs avaient trop honte de se montrer face aux clients des produits light et allaient s´approvisionner dans des zones moins risquées : entre le sur gras et le sur léger, ils ne font pas le poids.


Le rayon suivant „légumes et produits bio“ est ridiculement représenté : trois salades bio y côtoient quelques pommes et autres fruits qui ne servent souvent que de décoration á ceux qui ont rempli leur chariot de victuailles apéritives ou sucrées. Les vrais amateurs de bio se retrouvent dans d´autres prés et ne se mêlent á la populace de ce magasin.

Puis transparaît un rayon étrange et surprenant : un rayon aux étagères complètement vides comme abandonnées.
Néanmoins des gens y passent des heures á contempler cette vacuité, ce sont les anorexiques restrictifs, les plus mauvais clients du magasin qui la plupart du temps repartent toujours avec les mêmes aliments : fromage blanc allégé et soda sans sucre.
Pourtant ces personnes battent des records en temps de fréquentation de l´hypermarché : elles admirent avec vénération tous les aliments gras et sucrés du début comme pour se nourrir par le regard pour relever le défi d´y résister malgré le fait qu´elles crèvent de faim, apprennent par cœur les nombres de calories des yaourts allégés puis se postent les yeux vagues devant ce rayon oublié, idéal de leur soif de pureté et d´inconsistance.
La direction du magasin a même imaginé faire payer un ticket á ces clients particuliers en fonction du temps passé en magasin á la manière des parkings mais elle a eu peur, á raison, d´être taxée de discrimination aléatoire.
Toutefois, le directeur commercial a trouvé un argument majeur permettant de ne pas arriver á de telles extrémités : plus ces personnes passent de temps dans la grande surface, plus elles sont susceptibles de craquer et de revenir en arrière aux rayons précédents de nourriture rapide.
La rapidité dont feront preuve ces clientes (car ce sont en majorité des femmes) pour vomir ces aliments aux toilettes ne les concernent pas, dans un hypermarché on ne fait pas de l´humanitaire juste de la rentabilité. Chacun son métier.

Je passe rapidement le dernier rayon alimentaire, les produits diététiques, de régimes et les alicaments : crèmes substituts de repas, barres minceur aux protéines, carrés coupe-faim á la pectine de pomme et á l´ananas et vitamines de toute sorte pour tous ces clients qui en manquent cruellement.
Saoulée par tant d´abondance, effrayée par les regards avides des clients devant les rayons, je me dirige vers le rayon „tabac“ et m´avance vers la caisse.
Au loin,, j´aperçois les écriteaux „alcool“,, „livres de diététique et de régimes“ (ils ont osé), „sexe“ et même“new âge“ car certain sont des consommateurs de spiritualités comme d´autres d´aliments et picorent dans toutes les assiettes.
Enfin parvenue aux caisses avec mon pack de soda light, je me rends compte que je ne comptais qu`en acheter une bouteille mais me suis laissée séduire par l´offre „Achetez plus et payez moins“(mon professeur de mathématiques s´arracherait les cheveux), au total cinq centimes de réduction.
La caissière me regarde de haut quand je lui confesse une faute grave : je ne possède pas la fameuse carte de fidélité qui selon elle, me prive de tout un tas d´avantages mais selon moi surtout celui de consommer toujours plus.
Sur le paquet de cigarettes que je pose sur le tapis, on me prévient que „fumer tue“.
Je m´avance vers la sortie où un restaurant fast food renommé propose une salade „minceur“ composée d´un tiers de sucre.
Juste en face de l´hypermarché, se trouvent les portes des urgences d´un hôpital, j´imagine que la collaboration entre les deux établissements fonctionne á merveille. Il ne manque plus que le cimetière.
Puis, j'ai marché des heures et me suis retrouvée á faire une pause dans une jolie petite chapelle : je suis rentrée et ai déposé un cierge en priant Dieu de m´aider á ne pas succomber á la tentation de retourner dans cet hypermarché infernal. Il aura du travail car il paraît que cette chaîne de magasin prospère dans notre pays á une vitesse vertigineuse.

Puis, je suis rentrée chez moi, me suis regardé le DVD du film „Super Size me“ en m´allumant une cigarette et me demandant ce qui tue vraiment.

03:40 Publié dans Nouvelle | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Bonjour, bravo pour votre article ! C'est à la fois drôle et desespérant. Certaines personnes au regard vide qui déambulent dans les hypermarchés appuyées sur leur caddy me semblent être l'image de la vanité des civilisations ... La notion de progrès est bien discutable.
Je vous conseille le livre de Michel Lebrun, "Géant", sur l'univers ahurissant des hypers.

Écrit par : Caroline | 27/10/2006

Merci Caroline, mon problème est que j'adore déambuler dans les supermarchés ;), c'est donc avant tout une autocritique due à un long travail d'observation.
supermarket's addict

Écrit par : vera | 27/10/2006

Encore une fois, très juste dans les propos que je partage et surtout très bien écrit.

J'adore aussi passer du temps dans ces endroits en sortant avec plein de rêves de technologies que je ne peux pas encore m'acheter, de nourritures que je ne pas consommer (ou ne dois pas ?)

Je me nourris alors de non consommation ?

Est-ce du masochisme ou de l'A.M. mentale ? Je n'en sais rien.
Quand j'allais mal avant, je prenais aussi un mal plaisir à me tester à savoir résister au diable, la nourriture, ...

Je (re)mange plus et deviens donc "obèse", en faisant néanmois attention aux étiquettes. Il reste des comportements ou aliments interdits.

Je grossis, me sens mal de ce fait. J'accepte, je pense, de moins en mois, cela, le fait de ne plus maîtriser le poids.

Ah si je pouvais revenir à mes amours passés, mon "ana" si bien aimé (avec le mon regard présent). Les 10 réglements qui m'ont aidés à me sentir mieux et à maîtriser mon corps, ma force qui augmenter avec la "fonte" des graisses, ...

Mon caddy se remplit un peu plus et ma vie se pourrit plus.

Comment s'estimer quand on ne s'aime plus, que notre IMC (Indice d'achat de Marchandises de Consommation courante et variès) augmente.

Je me sentais si bien avant, avec un Indice de masse corporel plus bas.

Je devrais reprendre la bible (petit livre des calories, "10" règles de base pour "pro-ana", manuel pour savoir vomir (que je n'ai pas encore bien trouvé*), ... j'en passe).
(* aucune aide n'ai proposée pour le trouvé)

Je suis pas trop bien pour le moment, mais rassurez-vous (employeur, commercants, personnes qui me reste inconnues), je ne l'affiche pas au travail, masque avec sourire (parfois) et gentillesse de rigueur.

Enfin on essaye de le porter au maximum pour mieux déprimer ou se haïr le soir et s'autopunir ensuite.

Hypermarché presqu'ordinaire ou des dépendances (TCAs, Dépressions, Mal être) tout se mélange dans des échanges financiers, ... et compulsifs.

Même le sexe, l'amour peuvent se vendre, s'acheter dans des supermarché, derriere des vitres (dans certain pays), ...
(** L'amitié reste encore une valeur qui se corrompt pas ou peu. C'est aussi une bonne chose !)

Tout à une valeur **, se vend, s'achète, se marchande, se propose au marché noir, ... enfin presque tout.

Que des allées avec des rayons sans faim (ou sans fin), menant au cimetière sans forcement passer par la case "urgences".

Je délire, j'ai transformé un sujet sur les centres commerciaux, je m'en excuse.

Je comptai effacer et reprendre ce premier jet, écrit sans me poser de question, et sans me relire, mais j'aime parfois ces hors-sujets. Il me montre juste ma réalité du moment.

Désolé de venir pourrir un blog, qui ,ne m'appartient pas.

Je le redis, mais cet article m'a touché.

L2M

Écrit par : lune2miel | 29/10/2006

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