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Itineraire d'un écrit ressuscité

Ce blog est d'abord la concretisation d'un fantôme du passé : un roman rédigé à l'âge de 16 ans puis détruit  mais dont l'histoire est restée gravée dans mon crâne.

En 2003, une quinzaine d'année plus tard, j'ai tenté de retranscrire cet écrit en m'efforçant de rester fidèle à mes mots et mes maux de l'époque tout en y ajoutant des éléments de ma vie adulte.

Ce roman se présente sous la forme d'une correspondance entre une adolescente mal dans sa tête et son corps et une jeune religieuse : il interroge la place du corps aujourd'hui ainsi que de la nourriture en lien avec la religion, la foi et la Bible et en particulier l'anorexie sainte.

Cet échange de lettres s'adapte bien à un blog où peu à peu, vous découvrirez ce texte et éventuellement des remarques que je peux faire aujourd'hui.

Pour faciliter la lecture le début commence ici, je l'ai déroulé à l'envers...

FAIM

 

D’EXISTENCE
 
 

 

 

 ROMAN EPISTOLAIRE

 

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Paris, le 31 décembre 2002

 

 

Sœur Pélagie,

 

Je crois que c’est ainsi qu’on appelle les « bonnes sœurs », enfin, les religieuses mais ça me fait bizarre de vous nommer « ma sœur », moi qui n’ai pas de sœur.

Vous ne vous souvenez sûrement pas de moi ; je vous ai croisée il y a tout juste une semaine, le jour de la veillée de Noël, le vingt-quatre décembre, à votre office de onze heures dans votre chapelle de Saint-Amaens.

C’est la première fois que j’assistais a une telle cérémonie, traînée par ma grand-mère bretonne chez qui ma tante m’avait expédiée pour les vacances des sacro-saintes fêtes de Noël.

La religion ne m’a jamais intéressée et je crois que mes parents non plus : ils m’ont baptisée et communiée pour la forme, pour la tradition qu’ils ont respectée attentivement, de peur de devoir affronter les critiques de mes grands-parents bigots. De toute façon, maintenant ils sont morts.

Jésus-Christ, Dieu et tout ça, je ne sais pas ce que ça veut dire. Qu’on loue aujourd’hui un type mort après une exécution capitale, cela me dépasse complètement.

Qu’importe, vous devez vous demander pourquoi une inconnue vous écrit. C’est parce que, étrangement, moi qui suis venue dans cet endroit à reculons, j’y ai senti une tranquillité particulière. Et surtout je vous ai vue, si jeune parmi toutes ces vieilles biques de religieuses et surtout si belle dans votre habit avec ce voile blanc immaculé qui faisait apparaître un visage d’une pureté extraordinaire. Ce qui m’a le plus ému était votre regard, un regard de Vie « habité », un regard qui dégageait une sérénité et une bonté extraordinaires. De ma vie, je n’avais vu pareil regard. D’ailleurs, je n’ai pas arrêté de vous dévorer des yeux pendant tout l’office et je crois et crains que vous ne l’ayez remarqué.

Pourquoi étiez-vous séparée par cette clôture ?medium_jerusalemamour.png

A la fin de l’office, vous m’avez fixée du regard et vous m’avez souri tendrement. Puis une vieille bonne sœur vous a interpellée « Sœur Pélagie » et vous avez disparu par une porte avec les autres.

Ma grand-mère me dit que les sœurs de votre communauté vivent enfermées toute leur vie là-bas et qu’elles l’ont choisi...

Vous paraissez à peine âgée de vingt ans, moi qui en ai dix-sept, je me demande comment, si jeune, on peut envisager de passer toute son existence cloîtrée sans jamais sortir. Etes-vous comme moi déçue par la vie et par le monde ?

Remarquez, il y a pire comme endroit. Après l’office, je me suis promenée longuement dans le parc immense où, derrière la chapelle, les écureuils et les lapins viendraient presque vous manger dans la main, tellement l’endroit est paisible et silencieux. Les animaux sont très sensibles et doivent percevoir qu’ici il n’y a pas d’agressivité et que personne ne viendrait les tuer. Je crois qu’ils ne savent pas que le mal existe car ils ne l’ont jamais rencontré : ils sont dénaturés.

 

Cette missive n’attend pas de réponse. Moi qui déteste les fêtes de Noël, je voulais vous remercier d’avoir été un instant de lumière qui m’a aidé à traverser cette période de calvaire.

Merci.medium_jerusalem2.2.png

 

 

Charlotte

                       

 

 Saint-Amaens, le 2 janvier 2003

 

Chère Charlotte,

 

Je profite de mon temps libre de treize à quatorze heures pour vous écrire avant de me mettre au travail à l’hôtellerie.

Je me souviens très bien de vous : votre visage si enfantin, si doux et si triste à la fois.

J’espère que Noël, cette fête essentielle pour notre communauté, a pu vous apporter du baume au cœur.

La détresse que j’ai lue dans vos yeux m’a d’autant plus touchée que j’ai une petite sœur de votre âge prénommée Amélie. J’étais très liée à elle mais elle a mal supporté que je rentre dans les ordres il y a trois ans à l’âge de dix-huit ans. Elle n’a pas compris que j’ai été appelée, que je suis tombée amoureuse du Christ  et que mon bonheur dépendait de Lui. Je crois qu’elle aurait préféré que je me marie avec un « être de chair et de sang ».

Maintenant, elle a pris ses distances et ne vient plus me voir au parloir.

Dans la dernière lettre qu’elle m a envoyée pour mon anniversaire, il y a deux mois, elle m’a dit haïr ce Jésus qui lui avait enlevé sa grande sœur et faire des cérémonies sataniques afin que je revienne à la maison.

Cela m’attriste énormément et j'ai prié mes parents de veiller particulièrement sur elle.

L'adolescence est une période pleine de doutes et moi aussi, si je n'avais pas eu la foi, je me serais peut-être perdue dans des chemins de traverses.

Il peut vous paraître étrange que nous vivions « cloîtrées » mais c’est notre manière de signifier que nous nous sommes retirées du monde par Amour du monde, de l'humain, de Dieu,  ce qui est une seule et même chose.medium_jerusalemobeissance.png

Nous croyons à ce que nous  appelons la communion des saints : nous sommes cloîtrées mais nous sommes dans la foule avec ceux qu’habite Jésus-Christ.

Je sais que le bonheur de Dieu est dans ma pleine réalisation : je veux une vie forte, abondante et pleine et c’est ici, en ce lieu, que je le retrouve et que je me retrouve. C’est la joie d’être aimée de Lui que vous avez lue sur mon visage et c’est le signe que vous êtes réceptive à la beauté du monde ;  c’est le signe que vous n’êtes pas, comme vous me l’écrivez, déçue par la vie.

 

Je ne sais pas ce que vous vivez mais si vous deviez m’écrire à nouveau, parlez-moi davantage de vous.

Si je peux vous aider en quoi que ce soit…

Mes prières vous accompagnent.

Toute mon amitié,

 

 

Sœur Pélagie

 

 Paris, le 9 février 2003 

 

Chère Pélagie,

 

Décidément, je ne pourrai pas m'habituer à vous appeler « ma sœur », même si vous pourriez l’être. Mais j'ai envie, si cela ne vous offense pas, de vous tutoyer.

Je n'ai pas de sœur mais je comprends parfaitement la réaction d’Amélie : si j'avais aimé quelqu'un - mais je n'ai jamais aimé qui que ce soit et personne ne m’a aimé - je l’aurais haï  de me quitter pour s'enfermer dans un couvent. Qui détester dans ce cas-là ?

Il est possible de se venger d’un homme vivant mais que faire quand cet homme est déjà mort depuis deux mille ans ? Il ne reste plus qu’à adorer son contraire, le diable, qui lui est bien plus visiblement actif dans le monde – sauf peut-être pour les écureuils de votre communauté - et qu’à rejeter toute forme de religion proche de la vôtre.

Tu me parles de Jésus-Christ, de Dieu et je n'y comprends rien : c’est un langage complètement ésotérique pour moi. S’il te plait, si tu me réponds encore, n'utilise pas ces mots-là.

Je ne crois pas en Dieu, encore moins en un dieu d'amour. S’il existe, il doit être indifférent car quand je vois l’état du monde, ça ne me donne pas envie d'atteindre l’âge de vingt ans.

Quel avenir ai-je sur terre et quel sens a ma vie ?

C’est toujours le même discours dans la cour du lycée : on nous demande de faire des choix de métier, d'orientation mais comment s'orienter dans un monde désorienté ?

Nous finirons tous au chômage ou caissière dans un supermarché avec cinq années d’études après le bac, à nous ennuyer en attendant nos cinq semaines de congés payés pour partir au Club Med avec d'autres crétins

Ma tante veut me convaincre qu’elle a un boulot passionnant ou plutôt, elle cherche à se convaincre que son métier a un sens. Elle est psychologue dans un hôpital psychiatrique ; en résumé, elle aide des personnes qui ont pété les plombs à se réinsérer dans la vie « normale ».

Quand je vois les gens dits « normaux » autour de moi, je crois qu’à leur place, je préférerais rester folle. Ce doit être agréable de délirer : on se construit un monde à soi, mieux que ne saurait faire la télévision car on y vit vraiment.

Ma tante aime utiliser des termes de psy incompréhensibles.

Un jour où je lui avais demandé la différence entre psychose et névrose, elle a pris son air pédant et mystérieux et a simplement dit : « Un névrosé construit des châteaux en Espagne et le psychotique y vit ». Je suis certaine qu’elle a repiqué la phrase dans un livre, c’est trop poétique pour être d'elle. Je ne sais pas si j'ai tout compris mais moi j'aimerais mieux vivre dans une grande demeure plutôt que de la construire de mes mains. Et la construire sans y habiter, c’est absurde.

Les gens « normaux » sont névrosés. Même avec la meilleure volonté du monde, je crains de ne jamais réussir à être psychotique, même si ça doit être un joli but dans la vie.

Non, je suis comme tout le monde : je me construis des films dans ma tête pour m’évader de la réalité mais je sais trop bien que c’est mon imagination.

La meilleure façon d’y croire un peu, c’est de fumer un joint ou de boire de l'alcool, la nuit,  quand je n’arrive pas à dormir ou quand j'ai la gorge serrée de devoir encore affronter un lendemain.

Bien sûr, ma tante a fouillé dans ma chambre et y a trouvé un peu d'herbe ainsi qu'une bouteille de whisky que j'avais oublié de transvaser dans une bouteille en plastique.

Elle m’a envoyée illico chez un psy qui m’a demandé pourquoi je n'arrive pas à dormir depuis un an ; je n’ai rien dit et lui ai décrit ces crises d'angoisse qui me réveillent en pleine nuit et ai obtenu ce que je voulais : une ordonnance de somnifères et de calmants. Mélangés à l'alcool, c’est divin : on vide son esprit et on oublie tout.

Ce ne doit pas être un mauvais psy ou alors c’est moi qui suis particulièrement maligne,  mais il m’a donné exactement ce dont j'avais besoin.

Pour la peine, je le revois une fois par mois pour qu’il me fournisse mon autorisation de me défoncer légalement, je lui raconte mes rêves, il est content car il a l’impression de m’aider, je le paie et au revoir, on fixe un rendez-vous pour le mois prochain.

Un dealer idéal, ponctuel et propre sur lui.

Ma tante ne m’embête plus maintenant. Elle n’a rien à se reprocher : elle ma élevée selon la méthode Dolto : Compréhension, écoute et « tout a un sens ».

Un jour d’oisiveté, je brûlais des bouts de vieux papiers dans un cendrier.

Elle n’a rien trouvé de mieux que de prétendre que j'avais envie de détruire une partie de mon passé. Elle ne pouvait envisager que derrière une attitude ou un acte, il n'y ait tout simplement aucun sens. Je m’ennuyais et elle m’ennuyait.

Tu m’avais demandé de parler de moi, je crois que tu es servie, j’espère que je ne te déçois pas.

Bien à toi,

 

 

Charlotte

 

PS : Je connais les raisons de mes insomnies mais ne les diraient pas à mon psy.


Saint-Amaens, le 6 mars 2003

 

Chère Charlotte,

 

Ta lettre me terrifie. Tu recherches dans la drogue et les médicaments ce que tout le monde peut trouver dans le quotidien. Tu peux décider que le bonheur est ici et maintenant lorsque tu regardes une feuille d'automne orangée, lorsque tu captures un rire d’enfant ou te laisses emporter par une musique transcendante. Tu peux CHOISIR le bonheur. Thérèse de l’enfant Jésus  disait que plutôt que de faire des choses extraordinaires, il valait mieux faire extraordinairement des choses ordinaires. La beauté est dans le monde, tout proche de toi. Tu crois que la vie te tourne le dos, alors que c’est toi qui tourne le dos à la vie.

Je ne te ferai pas de sermon au sujet de ta santé car tu sais bien que l'alcool et le cannabis te détruisent à petit feu. Non, ce qui m’effraie le plus, c’est cette absence de lien et d'amour. L’isolement est délétère.

N’as-tu pas un ou une ami(e) à qui te confier ? Il suffirait d’une seule personne qui te porte de l´intérêt pour que tu puisses découvrir la véritable valeur de la vie. Juste un être qui te dise : « Merci d'exister, je t'aime comme tu es ». Mais tu ne pourras recevoir cette aide que si tu acceptes de te laisser aller et de faire confiance.

Charlotte, je suis vraiment certaine que ta tante t’aime, même si elle te le montre de façon maladroite. Elle s’inquiète pour toi car elle souhaite ton bonheur et doit sentir ta détresse. En italien, on traduit « aimer » par un terme qui veut dire « vouloir du bien » et c'est cela l’Amour. En français, la langue est mal faite. On dit aimer sa mère comme on dit aimer la langue de bœuf, ces mots ont perdu de leur sens, c’est pourquoi pour le Christ, je mets toujours un A majuscule, comme le porter sur un piédestal ou un autel en dévulgarisant ce mot qu'on met à toutes les sauces gastronomiques. Que ferais-tu à sa place devant une gamine qui se renferme ?

Tu sais, ce n’est pas parce que le soleil est derrière les nuages qu'il n’existe pas et surtout qu’il ne brille pas.

Tu dis dans ton courrier savoir l’origine de tes problèmes. Alors parles-en à moi ou à quelqu'un d’autre, révèle la vérité au grand jour pour te détacher de ce nuage qui cache le soleil étincelant !

Laisse tomber ce passe qui t’encombre comme on ôte des vêtements usés pour endosser une robe de bal pour pouvoir rentrer dans la danse.

 

Je pense très fort à toi,

 

 

Pélagie

                       

Paris, le 14 avril 2003

 

Chère Pélagie,

 

Je crois que tu es soumise au secret professionnel comme le sont les psys ou les prêtres.

Je t´en supplie, ne révèle à personne ce que je vais te confier dans cette lettre.

Tu vas comprendre pourquoi il m'est aussi difficile de vivre, de dormir et tout simplement d'exister.

Ma tante n'a plus eu de petit ami depuis un an et je ne sais pas si cela a une relation avec ce qu'il s'est déroulé. A cette période, elle avait une relation avec un homme dans la quarantaine qui m´a toujours paru malsain. Dès que ma tante avait le dos tourné, il me reluquait en permanence et faisait des plaisanteries graveleuses sur mes formes et le fait que je devienne une femme. Elle ne l´a jamais remarqué ou n'a jamais voulu le remarquer.

Un jour, pendant que ma tante était sortie, il a sonné à la porte de l´appartement et je lui ai ouvert sans méfiance. Il avait un regard brillant bizarre comme s´il avait bu et j'ai alors compris qu'il  venait sciemment en son absence pour me voir seule. Je l´ai installé dans le salon avec un verre de porto en le priant d'attendre le retour d´Eléonore et je me suis réfugiée dans ma chambre.

Ce jour-là, par désœuvrement, j´avais fumé comme souvent quand l´angoisse de me retrouver seule me terrifiait.

La tête me tournant un peu, je me suis allongée sur mon lit quand il a pénétré dans mon antre. Il s'est assis tout près de moi, j’étais anesthésiée et ne savais comment réagir, n’osant pas le congédier. Il a commencé tout d'abord à me toucher à travers mes vêtements, ensuite il a glissé ses grosses mains sous mon tee-shirt. Tout me semblait silencieux et je n´entendais que le son de la télévision qu'il avait allumée dans le séjour, une émission débile de variété plutôt gaie.

Le temps s'était arrêté et je ne parvenais pas á réagir quand ses mains palpaient mes seins. C´était l'ami de ma tante, je ressentais à la fois un émoi trouble et en même temps, j´avais envie de lui crier d´arrêter mais je n'y parvenais pas. Ce qui m’effrayait le plus, c'est que j´éprouvais à la fois de la jouissance, de la honte et du dégoût jusqu´à la nausée.

Ses mains sont descendues plus bas sous mon jeans puis ma culotte, ont caressé mon pubis et ses doigts se sont enfoncés dans mon vagin serré qui s'est humidifié sous ses mouvements.

Devant mon absence de réaction due en partie à la panique et à la défonce, il a plaqué  violemment ses lèvres contre les miennes et a cherché ma langue avec la sienne. Cette sensation était horrible, bien plus que ses doigts dans mon sexe, ce corps étranger enfoncé dans ma bouche et dont je ne pouvais pas me dépêtrer me donnait envie de vomir sur-le-champ. J’étais plus que paralysée, j'étais déjà morte, une chose sans vie.medium_absence.jpg

Tout à coup, j'ai entendu la clef dans la serrure de la porte d´entrée : ma tante arrivait toute guillerette et cet individu s'est précipité et lui a sauté dans les bras.

Jamais, je ne saurai si elle a deviné, mais il se trouve qu'elle a quitté son ami peu de temps après. Peut-être qu'il lui a avoué mais j´aurai préféré mourir que d´aborder la question avec elle. Depuis, elle n'a plus jamais connu d’homme.

 

Moi, je me suis endormie comme une masse dans un état bizarre et me suis réveillée vaseuse le lendemain matin. J'ai sauté du lit et me suis précipitée sous la douche, me suis raclée la peau au gant de crin pour me purifier tellement je me sentais sale et honteuse.

Sale, parce que j´avais l´impression de puer encore de son odeur et de son haleine. Honteuse, parce que je n'avais rien fait pour arrêter ses gestes qui me meurtrissaient encore. Je ne parvenais plus à croiser mon propre regard dans le miroir car mon visage, cette peau sociale en contact avec le monde, avait été atteint et je voulais le cacher. J'ai fouillé frénétiquement dans les tiroirs de la salle de bain et pour la première fois de ma vie, je me suis maquillée exagérément, surtout les yeux soulignés de noir profond, et la bouche en carmin. Redessiner le contour de mes lèvres fut un moment de paix presque méditatif tellement ma concentration me soulageait de ma douleur.

 

Ce jour-là, quand je suis sortie dans la rue pour me rendre au lycée, je sentais lourdement les regards des passants sur moi,  j´avais l´impression qu'ils lisaient l´horreur de cette soirée sur mon visage maculé et que j´avais une gueule de vicieuse.

Le sexe a toujours été pour moi un mystère : comment peut-on appeler « faire l´amour » ce qui relève d´un comportement ridicule qui relève plutôt de la boucherie mécanique ? Quel est le rapport de cette chose avec la tendresse d´un regard ou d´un sourire ? Trifouiller dans ce corps revient à un acte plus chirurgical qu´amoureux. Enfin, je n’ai jamais eu d`expérience en ce domaine et cela ne m´intéresse pas d´être considérée comme un morceau de viande. Au moins, toi, tu es débarrassée de cette préoccupation, alors que dans notre société, les relations sexuelles sont obligatoires si on ne veut pas être considéré comme un paria : le corps nu est partout dans la rue, les affiches et les magazines. Seule, la nature a gardé un semblant de virginité.

 

Le plus difficile a été de prendre le métro. Vous habitez en province ; vous ne pouvez imaginer quelle tension et quelle violence il existe dans cette promiscuité imposée que constituent les transports en commun. On se retrouve entassé dans une sorte de boîte souterraine avec des gens que l’on n'a pas choisis et qui se collent à vous. Quelquefois des gens passent parmi les voyageurs pour mendier ou d´autres nous imposent des sonorités approximatives à l´accordéon.

Nous sommes coincés car obligés de subir ces agressions sans aucun moyen de s´échapper.

Souvent, je ferme mes yeux, glisse mes écouteurs sur mes oreilles et me laisse m´envahir par une musique qui m´entraîne dans un autre monde.

Ce matin-là, le souffle et le corps des autres voyageurs m´étaient plus que jamais intolérables. Il était neuf heures, l’heure de pointe où tous partent travailler ou étudier. L´affluence était telle que je me suis retrouvée plaquée contre la vitre de la porte arrière avec un type qui s´excitait collé contre moi. Personne ne semblait le remarquer, j'étais seule au monde et je n’existais plus. On aurait accordé plus d'importance á une morte.

C'était ma première crise d´angoisse : une sensation de mort imminente qui durait une éternité, une désorientation totale et un poids sur la poitrine qui me faisait suffoquer. Ce que je ne savais pas, c’est que cette crise était la première d´une longue série.

Depuis, chaque nuit, je revis ce calvaire et ce ne sont que les drogues et l´alcool qui me rendent un peu de paix et le sommeil. Quand je suis à jeun, je passe une nuit presque totalement blanche, consciente mais dans un état entre la veille et le sommeil, envahie de visions étranges de personnes inconnues vivantes ou pire, mortes, ou alors je sens autour de moi des forces maléfiques qui me font peur.medium_sommeil.jpg

 

Au lycée, je n'ai pas d´amis : toutes les filles ne parlent que de sexe en gloussant et les garçons ne m´intéressent pas.

L´unique personne avec qui je me sens intime est Jean-Baptiste, mon voisin de palier.

Il a dix-huit ans mais il est bien plus mature que tous les garçons de son âge. Je pense que c'est pour deux raisons : il est homosexuel et a dû se battre pour révéler son penchant au grand jour à ses parents et à ses amis. D´autre part, il ne va plus à l’école  et cela le préserve de toute la bêtise humaine qui émane de la jeunesse actuelle dans les cours de lycée.

Il habite dans une minuscule chambre de bonne uniquement éclairée par des bougies et où flotte toujours un vague parfum d´encens censé dissimuler l’odeur d´herbe. Ses parents sont très riches et il ne les voit jamais : son seul lien avec eux est le virement mensuel qu'ils font sur son compte, ce qui lui permet largement de vivre sans travailler.

La plupart du temps il ne fait rien, à part fumer des joints, écouter de la musique planante et se promener à travers la ville. Il a quelque chose de pur dans le fait qu'il n'a pas à faire de compromis ou de lutter pour survivre.

D'ailleurs, il a très peu de besoins, ce qui le rend forcément pacifiste.

L'été dernier, lorsque ma tante s'était rendue à un de ses week-ends de développement personnel pour psy en Ardèche , j'ai fait la rencontre de Jean-Baptiste dans les couloirs de mon immeuble. On ne peut que le remarquer : il ressemble au petit prince qui aurait été catapulté dans la jungle urbaine. Petit, très mince, il possède une superbe chevelure blonde et très longue qu'il retient par un catogan de soie rouge. Mais surtout,ce sont ses yeux limpides d´un bleu turquoise qui ne passent pas inaperçus : il a un regard de petit garçon où se mêlent l´étonnement d´être sur cette planète et la naïveté de croire qu'elle puisse être meilleure.

Ce jour-là, il m'avait invitée chez lui et pas une seconde, je n'ai songé que je devais me méfier de lui. J'étais  partie pour boire un thé au gingembre ce vendredi soir et je suis restée avec lui jusqu'au dimanche. Ce fut une merveille de l´observer vivre au quotidien car il est différent de toutes les personnes que j'ai pu connaître dans ma vie.

D'abord, sa chambre respire l´harmonie : il ne possède que peu d´objets : quelques livres sur les philosophies orientales et l´ésotérisme, des bougeoirs et des encensoirs.

Chaque chose est placée à l´endroit juste et l'ensemble donne une incroyable atmosphère de plénitude et de paix. Dans le coin, près de l´unique fenêtre, il y a sa « salle de bain » : en réalité un grand lavabo qui lui sert également d´évier.

Jean-Baptiste est l´être le plus propre et le plus parfumé que je connaisse. La tablette au dessus de son lavabo regorge de gels douche à l´ylang-ylang  et de sels de bain, lui qui n'a ni douche ni baignoire. Il ne possède en tout et pour tout que deux jeans et trois tee-shirts. Jamais je ne l´ai vu faire du shopping, ça ne l´intéresse pas.

Mais que fait-il ? Il lit énormément, il médite, il se promène dans les rues parisiennes, fait du Taï Chi Chuan dans les parcs ou parle aux oiseaux. C'est un amoureux du silence et de la solitude.

Il peut rester longtemps sans parler en ma présence sans que je le trouve impoli ou que je me sente mal à l´aise, contrairement à ma tante qui cherche toujours à meubler le vide. Mais quand il s´exprime, c'est sans fioritures : il va directement à l´essentiel, ce qui peut paraître violent.

La première question qu'il m´ait posée était : « Alors, quel sens a la vie pour toi ? ».

D´emblée, je lui ai répondu : « Aucune. Malheureusement. »..

 

Depuis, il est devenu mon seul ami et peut-être le grand frère que j’aurais aimé avoir. Auprès de lui, je me sens apaisée et protégée.

Ma tante ne connaît qu'un côté de mon visage et ce n'est pas le véritable. On ne peut pas comprendre quelqu'un qu'on ne connaît pas vraiment de l'intérieur. Je considère Jean-Baptiste comme un être supérieur, un ange guidé par ses intuitions : il me comprend même quand je ne dis rien et m´accepte totalement telle que je suis.

Ma tante pense sûrement me comprendre. Je sais qu'elle voudrait m´aider mais je le refuse car je ne peux pas me confier à elle. Peut-être parce que paradoxalement nous sommes trop liées, parce que nous vivons trop ensemble.

Je n'ai jamais dit à personne ce que je t´écris aujourd'hui, même pas à Jean-Baptiste car quand je suis avec lui, je me sens tellement bien que j'ai envie exclusivement de sérénité et de beauté. Je ne veux pas tâcher cette relation en déversant ces flots de souffrance, immondes comme du vomi.

Et puis, à quoi ça sert de parler, est-ce que ça va résoudre mes problèmes et mes angoisses nocturnes ? Je n’en peux plus de ces nuits où je me démolis et me déteste.

Depuis ce jour, je me sens sale : il a détruit ce qui devrait me faire vivre, ce qui passe par la bouche : les paroles et la nourriture. Je ne supporte plus de manger et d'avoir cette sensation de ventre plein : j'ai l´impression monstrueuse que l'on pénètre au plus profond de moi. Alors, toute la journée, je mange le minimum et uniquement des aliments légers qui ne pèsent pas dans l´estomac : du lait, des œufs en neige et des yaourts. Tous les plats me donnent la nausée, surtout ces plats très cuisinés avec toutes sortes de sauces ou d´épices. Je ne supporte pas ces plats sophistiqués que je sais délicieux et raffinés mais qui m’étouffent.

Les plats bruts, les aliments peu cuisinés ne me dérangent pas. Je trouve qu'il y a quelque chose de vulgaire á vouloir relever le goût de façon compliquée mais manger est déjà un acte primaire en soi. Le ventre vide me met dans un état second : j'ai la tête qui tourne légèrement, les membres aériens et je ressens une ivresse qui me rend euphorique.

Ce que nous ingérons n'est pas anodin comme l’air que nous respirons, la musique que nous écoutons et les images que nous voyons. Tout cet environnement nous forge et il faut y être attentif.

Jean-Baptiste mange peu ; le plus souvent il se nourrit d´un bol de riz assaisonné de sauce de soja, d’une assiette de légumes verts, d'une tranche de poisson et de fromage blanc. Un seul repas lui suffit car il y tire tous les nutriments nécessaires pour la journée. Quand on a peu d´activité physique, il n'est pas utile de manger beaucoup.

Bien sûr, l´alcool me fait plus d´effet quand je suis à jeun : un verre m´enivre et j´adore cet étourdissement.

Malheureusement, les joints ont sur moi un effet secondaire fâcheux : ils provoquent chez moi des fringales qui dégénèrent en boulimie. Ces crises, je les vis tellement mal quand je suis seule, que je ne fume plus qu´avec Jean-Baptiste le week-end.

La dernière fois que j’ai fumé chez moi pendant la nuit, la faim me tiraillait tellement le ventre que je me suis relevée à minuit pour manger un kilo de mousse au chocolat et une dizaine de barres chocolatées au caramel. Cela m´était si insupportable d'avoir le ventre gonflé de nourriture en putréfaction que je me suis précipitée aux toilettes pour tenter de me faire vomir, les doigts au fond de la gorge, mais je n'y suis pas arrivée. Je me haïssais et imaginais tout ce sucre et cette graisse s´infiltrer dans mes cuisses jusqu´à me faire éclater : j’étais sale, grosse et humiliée. L’angoisse montait en flèche et j'ai dû prendre deux somnifères avec du whisky pour enfin sombrer dans les bras salvateurs de Morphée sans penser aux kilos que j’avais ingurgités. Si je ne m´étais pas endormie, je me serais suicidée tant l´angoisse me prenait à la gorge et que je voulais que tout s´arrête.

Ce désir de ne plus exister, c'est indicible, ça ne s’explique pas, ça ne se décrit pas : ça se vit.

 

Je ne veux pas vivre dans un monde vide d´amour, dans une société où il n'y a que le fric, la bouffe et le confort qui comptent.

Je veux vivre autre chose, autrement, mais je ne sais pas quoi ni comment. Je n'ai pas la sensation d´être vivante dans un tel monde.

On m´a fait naître mais on ne m´a pas expliqué le mode d´emploi de la vie ; il me manque la notice. Je ne me sens pas en vie mais je ne me sens pas morte non plus : je suis toujours en train de mourir et ça dure depuis trop longtemps pour que je puisse encore survivre longtemps. Il est des jours où l'on voudrait se fuir, où l'on ferait n’importe quoi pour s´oublier et pour oublier ce que l'on vit. Il y a des moments où je ne peux plus me supporter, porter ce poids. C'est atroce : je me hais comme après cette crise de boulimie, je ne peux plus me voir, me sentir respirer et sentir battre mon cœur.

Je voudrais me fuir, oublier, ne plus penser à ce corps trop lourd et trop encombrant. Même quand j´essaie de me démolir, ce corps, le fond de moi-même reste intact, la peur, les angoisses ne me quittent pas comme une seconde peau.

Pélagie, je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ça, j´aimerais tant que tu me parles de ta vie, de ce que tu trouves beau dans la vie et pourquoi tu penses que ça vaut le coup de continuer.

Donne-moi le mode d´emploi car je suis perdue.

 

Tendrement,

 

Charlotte

 

 

Saint Amaens, le 19 mai 2003

 

Ma petite Charlotte,

 

Merci de t´être confiée ainsi dans ta dernière lettre, cela m’a touchée infiniment. Tu peux me faire confiance : tes « secrets » resteront entre toi et moi.

 

Ce qui t´est arrivé est grave : cela s'appelle un viol et l'ami de ta tante pourrait être jugé devant les tribunaux et être emprisonné pour ce qu'il t´a fait. Je crois que cela te ferait beaucoup de bien de porter plainte contre ce type : la société te prendra au sérieux et te reconnaîtra en tant que victime.

Tu culpabilises car tu as ressenti du plaisir lors de ces attouchements et tu crois que c'est un signe de consentement, alors que ton corps a eu une réaction mécanique et instinctive, alors que ta tête criait non.

L´alcool a joué un rôle désinhibiteur et euphorisant qui a empêché ta bouche de crier. Tu n'as pas été consentante : ton corps crie encore actuellement sa détresse par les angoisses, l´anorexie, la boulimie et l´insomnie. Tu as été profondément blessée dans ton intégrité mais ne continue pas de faire le travail qui est l´instrument de torture de celui qui t´a détruite en t´infligeant toutes ces punitions qui te meurtrissent.

Il existe d´autres moyens d´exprimer ta souffrance et le premier est la parole : exprime-toi, transforme tous tes tourments en paroles pour les expulser de toi.

Si tu ne peux pas parler à ta tante, dis la vérité à ton psy et ne le considère pas seulement comme un médecin de garde. Il n'a pas le droit de dévoiler quoi que ce soit à ta tante même s´il la connaît. Parle aussi de ce qui te ronge à ton ami Jean-Baptiste avec qui tu sembles avoir une relation d´amitié extrêmement positive. Je crois que si c'est un véritable ami, il sera heureux que tu oses te confier à lui et t´acceptera même quand tu vas mal. L´important et l´essentiel est d'avoir un ou une amie. Tes problèmes alimentaires ne sont que le symptôme de ce qui ne « passe » pas et de ce que tu n’arrives pas à digérer : cette agression et le silence qui l´entoure.

 Alors exprime-toi.

 

Se battre n'est pas forcement négatif quand c'est pour lutter pour plus de justice et pour plus de Lumière et d´Amour.

Je sais qu´à Paris, c'est la guerre dans les transports et dans les rues mais tu ne peux décider d´envisager la vie autrement que ce qui est apparemment visible.

Mes parents et ma sœur habitent à Paris, non loin de ton quartier.medium_jerusalemrue.png

Un jour, alors que j´accompagnais Amélie au lycée Marcel Proust par le métro, j'ai senti une vague d´amour me submerger alors que j'étais comprimée comme une sardine au milieu des passagers de la rame. Toutes ces personnes présentes formaient un grand Tout, une immense énergie et moi, j´étais toute petite parmi eux mais je participais á cette force de Vie qui me dépassait. Nous étions  tous à la fois si semblables et si différents et l’ordre du monde avait besoin de chacun de nous.

La vie est une chance, une école de perfectionnement, Charlotte.

Ce que je t´écris peut te paraître ignoble alors que tu souffres mais pense aussi aux joies que la vie te procure.

Tout ça a un sens : tu n'es pas née pour rien : tu es née pour apporter ta touche personnelle et à donner de l´amour à ta façon. Tu fais partie intégrante de l´univers et tu lui es précieux et même plus : tu es nécessaire à son équilibre.

Dans notre communauté, nous prions pour rétablir la paix et l´harmonie dans le monde. Il y a une circulation de la grâce entre les hommes : une prière se répand entre les êtres et se répercute à travers tous les temps.

Tu es unique et personne ne peut te remplacer. La vie se trouve ici et maintenant : le passé n´existe déjà plus et l´avenir est une construction mentale qui n´existe pas encore.

 

Il est embarrassant pour moi de parler de ce qui m´anime sans évoquer Dieu, mais sache que depuis le début de notre correspondance, je ne parle que de Lui sans citer son Nom.

Charlotte, j´aimerais tant que tu découvres peu à peu ce qui fait le sel de la vie : l´amour, la vérité, le partage et la joie.medium_jerusalemjoie.png

Toutes ces choses essentielles se trouvent dans la réalité, je les vis chaque jour et je t´assure que je suis un être humain comme les autres. La grâce ou la magie de la vie sont des cadeaux faits à tous, il suffit d´ouvrir grand les yeux comme les enfants et de se laisser surprendre.

La complicité qui existe entre toi et Jean-Baptiste ressemble à celle que j'ai avec les sœurs de la communauté. La plupart du temps, nous n'avons pas besoin de parler et vivons en silence. Il se crée alors d´autres façons de communiquer par les gestes, les regards et les sourires. Nous sommes plus attentives à l'autre car la parole ne prend pas le dessus.

Essaie de rester en silence avec ton ami une journée : c'est un bijou précieux serti d´un diamant d´attentions.

Mais ce trésor n'est accessible que si l'on est serein et en paix et donc sans rancœur et sans haine. Quand tu auras réussi à parler, tu pourras apprendre à te taire.

 

J´imagine que pour toi, la vie d'une religieuse n'est que pure folie. Si je porte un voile blanc c'est que depuis deux ans, après une année de postulat, je suis novice, ce qui signifie que j'ai prononcé des vœux temporaires, un peu comme une stagiaire qui effectuerait un temps d´essai, avant de m´engager complètement.

Néanmoins, je fais partie intégrante de la communauté même si je ne prononcerai mes vœux définitifs que dans deux ans.

 Les religieuses font vœu de pauvreté, d´obéissance et de chasteté. Pauvreté, pour être libres de toute entrave matérielle et être ainsi le plus disponible possible pour les gens.

Obéissance, pour ne pas se prendre la tête à choisir et à décider.

Chasteté pour se libérer de l´emprise de la chair, de la dépendance aux hommes et de la nécessité de leur plaire.

Je suis rentrée dans les ordres car j'ai réalisé que la capacité de mon cœur était plus grande que tout ce qui s´offrait pour le combler.

Comme toi, je suis exigeante, je ne veux pas d´un petit amour, je le veux absolu ou pas du tout. Si Dieu existe, c'est la moindre des choses que de se donner pleinement à Lui. Chaque jour me confirme que c'est ma voie : j'ai un besoin d'action universelle et de rechercher toujours plus cet Absolu.

Nietzsche a écrit qu'il fallait « être une éponge pour être l'ami de l'ami au cœur débordant ». Charlotte, ta sensibilité fait de toi une éponge et même si la vie t´a meurtrie, tu as la capacité de capter l´amour tout autant que la souffrance. Il te paraîtra invraisemblable que je te dise que nous avons beaucoup de points en commun tant nos vies semblent différentes, mais nous nous rejoignons dans cette soif de sens et de pureté. Et puis, faut-il avoir vécu les mêmes choses pour pouvoir se comprendre ? je ne pense pas.

 

Bats-toi, la violence que tu retournes contre toi est une formidable source d´énergie que tu peux déployer pour rendre le monde plus beau et plus juste. Ne te pose pas en victime, ouvre-toi à l’existence, tu en as la force.

 

J´attends de tes nouvelles avec impatience et t´embrasse de tout mon cœur.

 

Pélagie

 

 

 

PS : Si tu as besoin de calme, de te retrouver, de réfléchir autrement ou de te reposer, n’hésite pas à venir passer une semaine de vacances dans notre hôtellerie cet été si ta tante te le permet. Je serai vraiment heureuse de te revoir même si la communauté ne me laisse pas beaucoup de temps pour les hôtes et l´écriture. En fait, j'ai le droit d´envoyer une lettre par mois : quand je ne t´écris pas, j'écris à ma petite sœur.

Commentaires

  • Voilà une manière de publier ce manuscrit. ;)

    Merci pour ton appel aujourd'hui.

    Lune2miel

  • Ça mériterait d'être publié pour de vrai !
    Tu as une écriture bien posée, très belle et sincère.

  • bonjour, je m'appelle aurélien, j'ai bientot 20 ans et en trainant sur certain forum je suis tombé sur le forum de doctissimo parlant d'asexualité avec ton/votre témoignage, puis de liens en liens j'ai aboutis sur ce site et sur ce roman. J'écris ce petit comm par ce que j'ai été tres frappé par le contraste qu'il y avait entre ta vie et ce qui sort de ce roman(que j'ai pas terminé de lire) puis j'ai cliqué sur religion et maintenant je commence a comprendre un peu. sa m'interesse ta vie (sincerement et sans heu comment dire de coté "pervers") et jvoulais juste la comprendre un peu mieux donc voila je sais que c'est ta vie privé, une partie ptete un peu intime etc... mais je voudrais juse mieux comprendre ton parcours, qu'est ce qui s'est passé exactement dans ta vie pour que tu sois passé de quelqu'un ayant de nombreuses pratiques sexuelles a une asexualité et a une conversion au catholicisme.voili voilou.bye (ps : vmt votre/ta vie m'intrigue pas mal :) )

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